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Noémie LE BOUARD


Un client professionnel ne paie pas ? Voici la logique à suivre pour un recouvrement de créances B2B efficace :
On détaille chaque étape, les leviers contractuels trop souvent négligés, et les bons réflexes pour ne pas laisser une créance s'éterniser.

Le recouvrement de créances, c'est l'ensemble des démarches permettant à un créancier d'obtenir le paiement d'une somme d'argent qui lui est due par un client, un fournisseur ou un partenaire commercial.
On distingue deux voies pour récupérer une somme due :
En droit français, une dette ne se recouvre par la force qu'une fois transformée en titre exécutoire - jugement, ordonnance d'injonction de payer, acte notarié. C'est la base du Code des procédures civiles d'exécution : sans titre, pas de saisie possible chez le débiteur.
Concrètement, pour un chef d'entreprise confronté à un impayé client, la question n'est jamais "dois-je agir ?" mais "à quel moment dois-je passer d'une démarche amiable à une démarche judiciaire, et avec qui ?"
Faites analyser votre créance par un avocat en droit commercial afin de choisir la bonne stratégie : mise en demeure, injonction de payer, assignation ou mesures conservatoires.
Consulter un avocat en recouvrement de créances
Pour procéder efficacement, il faut respecter un ordre logique :
C'est toujours la première étape, et elle marche plus souvent qu'on ne le pense.
La relance simple (téléphone, e-mail, courrier) doit intervenir dès le lendemain de l'échéance dépassée. Un tiers des factures impayées se règlent à ce stade, simplement parce que le client a oublié ou attend d'être relancé.
La lettre de mise en demeure est l'étape suivante, et elle a une vraie valeur juridique :
Un service de recouvrement amiable, qu'il soit interne ou confié à un cabinet, peut aussi négocier un échéancier. C'est souvent la solution la plus rapide quand le client est de bonne foi mais traverse une tension de trésorerie passagère.
Quand l'amiable suffit :
| Situation | Amiable adapté ? |
|---|---|
| Client solvable, retard isolé | Oui |
| Relation commerciale à préserver | Oui, en priorité |
| Créance faible, litige de fond absent | Oui |
| Client silencieux après 2 relances | Non, passer au judiciaire |
| Client conteste la facture | Non, l’amiable ne débloquera rien |
| Risque de disparition du débiteur | Non, agir vite via le judiciaire |
Si après la mise en demeure et 15 à 30 jours d'attente, rien ne bouge, il est temps d'envisager une procédure judiciaire de recouvrement.
C'est le réflexe que trop d'entreprises sautent : avant de lancer la moindre procédure, on relit le contrat. Entre professionnels, la marge de négociation contractuelle est large, et elle a des conséquences directes sur votre stratégie de recouvrement.
Les points à vérifier systématiquement :
Un dossier de recouvrement B2B mal préparé - sans vérification de ces points - s'expose à une contestation abusive qui, même infondée, retarde le paiement de plusieurs mois. C'est précisément le rôle d'un avocat d'affaires que d'auditer ces éléments avant d'engager la moindre action.
C'est sans doute l'outil contractuel le plus sous-utilisé en matière de recouvrement B2B.
Ce qu'elle permet concrètement :
En clair : un stock encore identifiable dans les locaux d'un client en difficulté vaut parfois mieux qu'une créance déclarée au passif qui ne sera jamais réglée intégralement.
Depuis la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 et son décret d'application n° 2016-1955, il existe une voie sans juge pour les créances inférieures à 5 000 €.
Comment ça fonctionne :
Conditions d'éligibilité :
| Critère | Exigence |
|---|---|
| Montant | Principal + intérêts échus inférieurs à 5 000 € |
| Nature de la créance | Origine contractuelle ou statutaire |
| Caractère de la dette | Certaine, liquide, exigible |
| Démarche préalable | Tentative de recouvrement amiable restée infructueuse |
| Saisine | Possible en ligne via la plateforme CREDICYS depuis 2020 |
Coût : les émoluments du commissaire de justice sont proportionnels, entre 3,87 % et 11,61 % du montant recouvré, avec un minimum d'environ 188 €. C'est nettement moins cher qu'une procédure classique, mais ça ne fonctionne que si le débiteur coopère au moins un minimum.
La limite pratique : si le débiteur refuse ou reste silencieux, vous n'avez rien gagné en délai - il faut repartir sur une injonction de payer classique. Pour un chef d'entreprise pressé par sa trésorerie, mieux vaut parfois anticiper et enclencher directement l'injonction de payer si le client a déjà montré des signes de mauvaise foi.
C'est le choix stratégique central une fois l'amiable épuisé.
| Critère | Injonction de payer | Assignation en paiement |
|---|---|---|
| Type de procédure | Non contradictoire : le juge statue sur dossier | Contradictoire : le débiteur peut se défendre |
| Avocat obligatoire | Non, mais fortement recommandé | Oui, devant le tribunal judiciaire au-delà de 10 000 € |
| Délai moyen | 1 à 3 mois | 6 mois à plus d’un an |
| Coût | Faible : frais de greffe d’environ 35 à 40 € | Plus élevé : honoraires + frais de procédure |
| Dommages-intérêts | Non | Oui, possibles en plus du principal |
| Adaptée à | Créance certaine, liquide, exigible, non contestée | Créance contestée, complexe ou débiteur de mauvaise foi |
| Recours du débiteur | Opposition possible dans le mois suivant la signification | Appel classique |
En pratique :
Le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 réforme la procédure d'injonction de payer, avec application aux ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026 :
Pour un dirigeant, ça veut dire un dossier globalement plus rapide - à condition de bien surveiller les délais de signification, désormais plus courts.
Oui, dans certains cas, et c'est un outil stratégique trop souvent ignoré des entreprises créancières.
Deux mesures conservatoires principales :
Conditions à réunir :
Ces mesures sont particulièrement utiles quand vous détectez des signaux d'alerte avant même d'avoir un jugement définitif : elles gèlent la situation le temps que la procédure judiciaire suive son cours.
C'est un point que beaucoup de créanciers découvrent trop tard, souvent après avoir déjà engagé des frais inutiles.
Dès l'ouverture d'une procédure collective (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire) :
Le réflexe à avoir avant d'engager des frais : toujours vérifier le débiteur - Kbis à jour, inscriptions au greffe, consultation du BODACC - avant de lancer une procédure. Une injonction de payer ou une assignation engagée contre une entreprise déjà en procédure collective est vouée à l'échec et vous fait perdre du temps et de l'argent pour rien.
Entre l'amiable et le contentieux au fond, il existe une voie rapide trop souvent oubliée des entreprises : le référé-provision.
Ce qu'il faut savoir :
C'est l'outil idéal quand la facture est incontestable (prestation réalisée, livraison actée, aucune réserve formulée) mais que le débiteur traîne délibérément les pieds.
C'est une question que beaucoup de dirigeants sous-estiment : les frais de recouvrement ne sont pas toujours à votre charge.
Les intérêts moratoires (article 1231-6 du Code civil)
L'indemnité forfaitaire de 40 € (article L. 441-10 du Code de commerce)
Entre professionnels, tout retard de paiement ouvre droit, de plein droit et sans qu'un rappel préalable soit nécessaire, à une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement - en plus des intérêts de retard. Si vos frais réels (avocat, commissaire de justice) dépassent ce montant, vous pouvez demander une indemnisation complémentaire sur justificatifs.
La clause pénale
Si votre contrat ou vos CGV prévoient une clause pénale en cas de retard de paiement, elle s'applique en plus - sous réserve que le juge ne la révise pas s'il l'estime manifestement excessive ou dérisoire (article 1231-5 du Code civil).
Attention à un point souvent mal compris : en dehors des procédures avec titre exécutoire, les frais de recouvrement engagés à l'initiative du créancier restent en principe à sa charge, sauf exceptions - notamment lorsqu'un juge condamne le débiteur à leur remboursement (article 700 du Code de procédure civile) ou lorsqu'une clause contractuelle valable le prévoit expressément. Ne partez donc jamais du principe que le débiteur paiera automatiquement vos frais d'avocat ou de commissaire de justice.
En résumé, un débiteur professionnel de mauvaise foi peut se voir réclamer :
Autant d'éléments à faire valoir dès la mise en demeure, pour maximiser ce que vous récupérerez au final.
C'est la question que se posent la plupart des chefs d'entreprise : recouvreur ou avocat d'affaires ?
Le recouvreur de créances (société de recouvrement) intervient en phase amiable. Il relance, négocie, parfois rachète la créance. Utile pour des volumes de petites créances homogènes (facturation récurrente, abonnements), moins adapté dès que le dossier se complique.
L'avocat intervient quand :
La vraie différence : un recouvreur agit sans pouvoir engager de procédure judiciaire en votre nom. Dès qu'il faut saisir un tribunal, seul un avocat (ou vous-même en direct pour l'injonction de payer) peut porter le dossier. Beaucoup d'entreprises perdent un temps précieux à laisser traîner une créance chez un recouvreur amiable alors qu'elle aurait dû basculer en judiciaire depuis longtemps - chaque mois qui passe réduit les chances réelles de recouvrement, surtout si le débiteur est en difficulté financière.
Le bon réflexe ne dépend pas seulement du montant, mais du profil du débiteur. Voici la logique qu'un avocat d'affaires applique en pratique :
| Profil du débiteur | Risque pour le créancier | Action recommandée |
|---|---|---|
| Client solvable mais négligent | Faible | Relance structurée puis mise en demeure d’avocat |
| Client silencieux malgré plusieurs relances | Moyen | Injonction de payer rapide pour obtenir un titre exécutoire |
| Client qui conteste la facture ou la prestation | Élevé | Analyse du contrat, des preuves et assignation en paiement si nécessaire |
| Entreprise en difficulté financière | Très élevé | Vérification d’une procédure collective et déclaration de créance |
| Débiteur qui organise son insolvabilité | Critique | Mesures conservatoires urgentes avant jugement |
Les honoraires varient selon la complexité et le montant, mais voici des repères réalistes constatés sur le marché :
| Étape | Coût indicatif HT |
|---|---|
| Mise en demeure rédigée par avocat | 100 € à 500 € |
| Injonction de payer : mise en demeure, requête et suivi | 300 € à 1 500 € |
| Référé-provision | 600 € à 1 500 € |
| Assignation en paiement / contentieux au fond | 900 € à 3 000 € et plus |
| Frais de greffe devant le tribunal de commerce | Environ 35 € à 40 € |
| Signification par commissaire de justice | 50 € à 150 € |
Deux modèles de facturation coexistent souvent :
Beaucoup de cabinets combinent les deux : un forfait modéré pour couvrir le travail engagé, plus un pourcentage sur les sommes réellement encaissées. C'est un modèle qui aligne l'intérêt de l'avocat sur le vôtre - il n'est payé pleinement que si vous êtes payé.
Point important : ces honoraires s'ajoutent à l'indemnité forfaitaire de 40 € et peuvent, pour partie, être répercutés sur le débiteur si le juge l'y condamne au titre de l'article 700 du Code de procédure civile. Demandez toujours une convention d'honoraires écrite avant d'engager la moindre démarche : c'est une obligation déontologique, et ça vous protège d'une facture surprise.
Les 5 réflexes à avoir dès le premier retard :
Les signaux qui doivent déclencher une action immédiate (sans attendre les 30 jours classiques) :
Dans ces cas-là, chaque semaine compte. Consulter un avocat en amont, même juste pour calibrer la mise en demeure et anticiper la procédure judiciaire, coûte largement moins cher qu'une créance jamais récupérée.
Avant de lancer une injonction de payer, une assignation ou une saisie, un audit juridique rapide de votre dossier permet de :
Pour que l'audit de votre créance soit rapide et fiable, préparez en amont :
Plus le dossier est complet dès le départ, plus vite votre avocat peut vous dire si l'amiable suffit, ou s'il faut basculer directement sur une procédure judiciaire.
C'est l'ensemble des démarches, amiables puis éventuellement judiciaires, permettant à un créancier de récupérer une somme d'argent due par un débiteur. Il va de la simple lettre de relance jusqu'à la saisie des biens du débiteur via un huissier de justice, une fois un titre exécutoire obtenu.
On commence par une relance amiable, puis une lettre de mise en demeure. Si le débiteur reste silencieux ou conteste, on vérifie sa situation (procédure collective éventuelle) avant de saisir la juridiction compétente : injonction de payer pour une créance non contestée, référé-provision si l'urgence prime, ou assignation au fond en cas de litige commercial sérieux.
On distingue la procédure simplifiée pour les petites créances (moins de 5 000 €, via commissaire de justice), l'injonction de payer, le référé-provision et l'assignation au fond devant le tribunal compétent. Le choix dépend du montant, du caractère contesté ou non de la créance, et de l'urgence.
Une relance amiable efficace peut aboutir en quelques jours. Une injonction de payer prend généralement 1 à 3 mois. Une assignation au fond contestée peut s'étaler sur 6 mois à plus d'un an, appel compris.
Oui, pour l'injonction de payer et la procédure simplifiée des petites créances, la représentation par avocat n'est pas obligatoire. Elle le devient devant le tribunal judiciaire au-delà de 10 000 € en procédure au fond, y compris en référé-provision.
Le délai de prescription de droit commun est de 5 ans à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'agir (article 2224 du Code civil). Passé ce délai, l'action en justice n'est plus recevable.
C'est la condition pour engager une procédure judiciaire de recouvrement : certaine (son existence n'est pas contestable), liquide (son montant est déterminé), exigible (son échéance est dépassée).
Même lorsqu'elle n'est pas toujours une condition de recevabilité, elle reste fortement recommandée dans la quasi-totalité des cas : elle doit être envoyée en recommandé avec accusé de réception et fixer un délai raisonnable de paiement avant toute action judiciaire.
Il faut déclarer sa créance au passif de la procédure collective, auprès du mandataire ou liquidateur judiciaire, dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Une injonction de payer ou une assignation classique n'est alors plus la voie adaptée.
Oui. Entre professionnels, l'indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement se cumule avec les intérêts de retard au taux légal ou conventionnel, prévus par l'article 1231-6 du Code civil.
Pas nécessairement. Un recouvreur facture souvent une commission sur le montant recouvré en phase amiable, sans garantie de résultat. Un avocat propose généralement un forfait par étape, parfois assorti d'un honoraire de résultat, avec la capacité d'engager une procédure judiciaire si l'amiable échoue - ce que le recouvreur ne peut pas faire.

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