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Recouvrement de créances : quand et comment un avocat intervient pour protéger votre trésorerie

Retrouvez toute l'actualité juridique en droit commercial et des affaires.

July 2, 2026

Noémie LE BOUARD

Un client professionnel ne paie pas ? Voici la logique à suivre pour un recouvrement de créances B2B efficace :

  • Relance + lettre de mise en demeure dans les 8 jours suivant l'échéance impayée. Même lorsqu'elle n'est pas toujours une condition de recevabilité, elle reste fortement recommandée - et les pénalités B2B (article L. 441-10 du Code de commerce) sont exigibles sans rappel préalable.
  • Avant tout, relisez le contrat : CGV opposables, clause de réserve de propriété, clause pénale, clause attributive de compétence. Ça change souvent toute la stratégie.
  • Créance sous 5 000 € : la procédure simplifiée via commissaire de justice évite le tribunal.
  • Créance non contestée au-delà de 5 000 € : l'injonction de payer, rapide et peu coûteuse, fait l'affaire.
  • Créance non sérieusement contestable et urgente : le référé-provision permet d'obtenir une décision en quelques semaines.
  • Créance contestée ou complexe : direction l'assignation au fond, avec avocat obligatoire devant le tribunal judiciaire au-delà de 10 000 €.
  • Débiteur en procédure collective : le recouvrement classique s'arrête net. Il faut déclarer sa créance au passif.
  • Un avocat d'affaires intervient dès que le montant est significatif, que le client conteste, ou que le débiteur montre des signes de fragilité. Comptez entre 300 € et 1 500 € HT pour une injonction de payer, souvent avec une part au résultat.

On détaille chaque étape, les leviers contractuels trop souvent négligés, et les bons réflexes pour ne pas laisser une créance s'éterniser.

Qu'est-ce que le recouvrement de créances ?

Le recouvrement de créances, c'est l'ensemble des démarches permettant à un créancier d'obtenir le paiement d'une somme d'argent qui lui est due par un client, un fournisseur ou un partenaire commercial.

On distingue deux voies pour récupérer une somme due :

  • Le recouvrement amiable : lettre de relance, négociation, lettre de mise en demeure. Aucune intervention du juge.
  • Le recouvrement judiciaire : injonction de payer, référé-provision ou assignation au fond. Un juge tranche et délivre un titre exécutoire, seul document qui autorise un huissier de justice (commissaire de justice) à saisir les biens ou les comptes du débiteur.

En droit français, une dette ne se recouvre par la force qu'une fois transformée en titre exécutoire - jugement, ordonnance d'injonction de payer, acte notarié. C'est la base du Code des procédures civiles d'exécution : sans titre, pas de saisie possible chez le débiteur.

Concrètement, pour un chef d'entreprise confronté à un impayé client, la question n'est jamais "dois-je agir ?" mais "à quel moment dois-je passer d'une démarche amiable à une démarche judiciaire, et avec qui ?"

Recouvrement de créances

Une facture impayée menace votre trésorerie ?

Faites analyser votre créance par un avocat en droit commercial afin de choisir la bonne stratégie : mise en demeure, injonction de payer, assignation ou mesures conservatoires.

Consulter un avocat en recouvrement de créances

Comment procéder à un recouvrement de créances ?

Pour procéder efficacement, il faut respecter un ordre logique :

  1. Relancer le débiteur dès le premier jour de retard (téléphone, e-mail).
  2. Vérifier le contrat commercial (CGV, clause de réserve de propriété, clause pénale) avant d'aller plus loin.
  3. Envoyer une lettre de mise en demeure en recommandé avec accusé de réception.
  4. Vérifier la situation du débiteur (Kbis, procédure collective éventuelle) avant d'engager des frais.
  5. Choisir la procédure judiciaire adaptée : injonction de payer, référé-provision ou assignation au fond.
  6. Faire exécuter la décision via un huissier de justice une fois le titre exécutoire obtenu.

Recouvrement amiable : relance, mise en demeure, quand ça suffit

C'est toujours la première étape, et elle marche plus souvent qu'on ne le pense.

La relance simple (téléphone, e-mail, courrier) doit intervenir dès le lendemain de l'échéance dépassée. Un tiers des factures impayées se règlent à ce stade, simplement parce que le client a oublié ou attend d'être relancé.

La lettre de mise en demeure est l'étape suivante, et elle a une vraie valeur juridique :

  • Elle doit être envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception.
  • Elle fait courir les intérêts moratoires si le contrat ou la loi ne prévoit pas d'autre point de départ.
  • Même lorsqu'elle n'est pas toujours une condition de recevabilité devant le juge, elle reste fortement recommandée avant d'engager la plupart des procédures judiciaires : elle sécurise le dossier et prouve votre bonne foi. À noter : entre professionnels, les pénalités de retard prévues par l'article L. 441-10 du Code de commerce sont exigibles de plein droit, sans qu'un rappel préalable soit nécessaire.
  • Elle doit mentionner le montant dû, le délai de paiement accordé (souvent 8 à 15 jours) et les conséquences en cas de non-paiement.

Un service de recouvrement amiable, qu'il soit interne ou confié à un cabinet, peut aussi négocier un échéancier. C'est souvent la solution la plus rapide quand le client est de bonne foi mais traverse une tension de trésorerie passagère.

Quand l'amiable suffit :

Situation Amiable adapté ?
Client solvable, retard isolé Oui
Relation commerciale à préserver Oui, en priorité
Créance faible, litige de fond absent Oui
Client silencieux après 2 relances Non, passer au judiciaire
Client conteste la facture Non, l’amiable ne débloquera rien
Risque de disparition du débiteur Non, agir vite via le judiciaire

Si après la mise en demeure et 15 à 30 jours d'attente, rien ne bouge, il est temps d'envisager une procédure judiciaire de recouvrement.

Recouvrement de créances B2B : pourquoi l'analyse juridique du contrat change tout

C'est le réflexe que trop d'entreprises sautent : avant de lancer la moindre procédure, on relit le contrat. Entre professionnels, la marge de négociation contractuelle est large, et elle a des conséquences directes sur votre stratégie de recouvrement.

Les points à vérifier systématiquement :

  • Les CGV sont-elles opposables au débiteur ? Il faut prouver qu'elles ont été portées à sa connaissance et acceptées avant la commande - simple mention en bas de facture, ça ne suffit généralement pas.
  • Existe-t-il une clause de réserve de propriété ? Elle change radicalement la donne (voir plus bas).
  • Une clause pénale est-elle prévue en cas de retard de paiement ? Elle s'ajoute aux intérêts moratoires, sous réserve de non-excès.
  • Une clause attributive de compétence désigne-t-elle un tribunal précis ? Entre professionnels, elle est valable et s'impose, sauf mention contraire ou absence de lien avec l'engagement.
  • Quels étaient les délais de paiement contractuels ? Le point de départ de l'exigibilité en dépend directement.
  • Disposez-vous d'une preuve de livraison ou d'exécution (bon de livraison signé, PV de réception, accusé de réception d'une prestation) ? Sans elle, une contestation abusive du débiteur peut suffire à bloquer un dossier pourtant solide.

Un dossier de recouvrement B2B mal préparé - sans vérification de ces points - s'expose à une contestation abusive qui, même infondée, retarde le paiement de plusieurs mois. C'est précisément le rôle d'un avocat d'affaires que d'auditer ces éléments avant d'engager la moindre action.

La clause de réserve de propriété : un levier souvent oublié

C'est sans doute l'outil contractuel le plus sous-utilisé en matière de recouvrement B2B.

Ce qu'elle permet concrètement :

  • Si le contrat ou les CGV prévoient une clause de réserve de propriété, le vendeur reste propriétaire du bien jusqu'au paiement intégral du prix - même si la marchandise a déjà été livrée.
  • En cas d'impayé, vous pouvez revendiquer la propriété des biens encore identifiables chez le débiteur, plutôt que d'attendre l'issue incertaine d'une procédure de recouvrement classique.
  • Condition impérative : la clause doit avoir été acceptée par le débiteur avant la livraison, et être suffisamment claire dans le contrat ou les CGV.
  • Son intérêt est maximal en cas de procédure collective : la revendication permet de récupérer le bien lui-même plutôt que de se retrouver simple créancier chirographaire, souvent payé en dernier et partiellement.

En clair : un stock encore identifiable dans les locaux d'un client en difficulté vaut parfois mieux qu'une créance déclarée au passif qui ne sera jamais réglée intégralement.

Procédure simplifiée pour les petites créances (moins de 5 000 €)

Depuis la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 et son décret d'application n° 2016-1955, il existe une voie sans juge pour les créances inférieures à 5 000 €.

Comment ça fonctionne :

  • Vous mandatez un commissaire de justice (ex-huissier) qui adresse une proposition de paiement au débiteur.
  • Le débiteur a un mois pour accepter ou refuser.
  • S'il accepte, le commissaire de justice délivre directement un titre exécutoire, sans passage devant un tribunal.
  • S'il refuse ou ne répond pas, vous devez alors saisir la juridiction compétente (injonction de payer ou assignation).

Conditions d'éligibilité :

Critère Exigence
Montant Principal + intérêts échus inférieurs à 5 000 €
Nature de la créance Origine contractuelle ou statutaire
Caractère de la dette Certaine, liquide, exigible
Démarche préalable Tentative de recouvrement amiable restée infructueuse
Saisine Possible en ligne via la plateforme CREDICYS depuis 2020

Coût : les émoluments du commissaire de justice sont proportionnels, entre 3,87 % et 11,61 % du montant recouvré, avec un minimum d'environ 188 €. C'est nettement moins cher qu'une procédure classique, mais ça ne fonctionne que si le débiteur coopère au moins un minimum.

La limite pratique : si le débiteur refuse ou reste silencieux, vous n'avez rien gagné en délai - il faut repartir sur une injonction de payer classique. Pour un chef d'entreprise pressé par sa trésorerie, mieux vaut parfois anticiper et enclencher directement l'injonction de payer si le client a déjà montré des signes de mauvaise foi.

Injonction de payer vs assignation au fond : quelle procédure judiciaire choisir

C'est le choix stratégique central une fois l'amiable épuisé.

Critère Injonction de payer Assignation en paiement
Type de procédure Non contradictoire : le juge statue sur dossier Contradictoire : le débiteur peut se défendre
Avocat obligatoire Non, mais fortement recommandé Oui, devant le tribunal judiciaire au-delà de 10 000 €
Délai moyen 1 à 3 mois 6 mois à plus d’un an
Coût Faible : frais de greffe d’environ 35 à 40 € Plus élevé : honoraires + frais de procédure
Dommages-intérêts Non Oui, possibles en plus du principal
Adaptée à Créance certaine, liquide, exigible, non contestée Créance contestée, complexe ou débiteur de mauvaise foi
Recours du débiteur Opposition possible dans le mois suivant la signification Appel classique

En pratique :

  • Si votre client ne conteste jamais la facture mais ne paie pas, l'injonction de payer est quasi systématiquement la bonne option. Elle se dépose auprès du tribunal de commerce (créances commerciales) ou du tribunal judiciaire.
  • Si le client conteste la prestation, invoque un vice ou une inexécution, l'injonction de payer risque l'opposition - autant partir directement sur une assignation au fond, qui permet de trancher le litige sur le fond.
  • Devant le tribunal de commerce, la représentation par avocat n'est pas obligatoire, mais elle change concrètement l'issue : un dossier bien monté (preuves, chronologie, calcul des intérêts) pèse lourd face à un juge.

À jour 2026 : ce qui change pour l'injonction de payer

Le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 réforme la procédure d'injonction de payer, avec application aux ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026 :

  • Le délai de signification de l'ordonnance passe de 6 à 3 mois, sous peine de caducité.
  • Le greffe n'envoie plus systématiquement de certificat de non-opposition : il n'informe le créancier que si une opposition est formée, dans un délai d'un mois.
  • Conséquence pratique majeure : si le créancier ne reçoit aucun avis d'opposition, l'exécution devient possible 2 mois après la signification, sans attendre un retour formel du greffe.

Pour un dirigeant, ça veut dire un dossier globalement plus rapide - à condition de bien surveiller les délais de signification, désormais plus courts.

Peut-on bloquer les comptes ou les biens du débiteur avant le jugement ?

Oui, dans certains cas, et c'est un outil stratégique trop souvent ignoré des entreprises créancières.

Deux mesures conservatoires principales :

  • La saisie conservatoire : elle permet de bloquer une somme d'argent sur les comptes bancaires du débiteur, ou de rendre indisponibles certains de ses biens, avant même qu'un jugement ne soit rendu sur le fond.
  • L'hypothèque judiciaire provisoire : elle grève un bien immobilier du débiteur, ce qui garantit le paiement en cas de vente future du bien.

Conditions à réunir :

  • Une autorisation du juge est en principe nécessaire (juge de l'exécution), sauf si vous disposez déjà d'un titre exécutoire ou d'une décision de justice non encore exécutoire.
  • Il faut justifier d'une créance qui paraît fondée dans son principe et de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement - typiquement, un débiteur qui commence à organiser son insolvabilité (vente d'actifs, transferts suspects, disparition).

Ces mesures sont particulièrement utiles quand vous détectez des signaux d'alerte avant même d'avoir un jugement définitif : elles gèlent la situation le temps que la procédure judiciaire suive son cours.

Débiteur en redressement ou liquidation judiciaire : attention, le recouvrement classique s'arrête

C'est un point que beaucoup de créanciers découvrent trop tard, souvent après avoir déjà engagé des frais inutiles.

Dès l'ouverture d'une procédure collective (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire) :

  • Toute poursuite individuelle est interdite. Vous ne pouvez plus engager ni poursuivre une injonction de payer, une assignation classique ou une saisie contre le débiteur pour une créance antérieure au jugement d'ouverture.
  • La seule voie possible est la déclaration de créance au passif de la procédure, auprès du mandataire ou du liquidateur judiciaire.
  • Cette déclaration doit intervenir dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC (délai souvent porté à 4 mois pour les créanciers domiciliés hors de France métropolitaine).
  • Une déclaration tardive, sans relevé de forclusion accordé par le juge, peut vous faire perdre purement et simplement le droit d'être payé.

Le réflexe à avoir avant d'engager des frais : toujours vérifier le débiteur - Kbis à jour, inscriptions au greffe, consultation du BODACC - avant de lancer une procédure. Une injonction de payer ou une assignation engagée contre une entreprise déjà en procédure collective est vouée à l'échec et vous fait perdre du temps et de l'argent pour rien.

Le référé-provision : l'arme rapide quand la dette est difficilement contestable

Entre l'amiable et le contentieux au fond, il existe une voie rapide trop souvent oubliée des entreprises : le référé-provision.

Ce qu'il faut savoir :

  • Il permet d'obtenir une décision de justice rapide (souvent en quelques semaines) condamnant le débiteur à verser une provision, sans attendre l'issue d'un procès complet.
  • Condition centrale : l'obligation ne doit pas être sérieusement contestable. Si le débiteur soulève une contestation crédible et argumentée sur le fond, le juge des référés se déclarera incompétent et renverra vers l'assignation au fond.
  • La provision accordée peut aller jusqu'à la totalité de la somme due si l'existence de la dette ne fait aucun doute.
  • Comme pour l'assignation, l'avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire au-delà de 10 000 € ; en deçà, la représentation reste vivement recommandée compte tenu de la technicité de la procédure.

C'est l'outil idéal quand la facture est incontestable (prestation réalisée, livraison actée, aucune réserve formulée) mais que le débiteur traîne délibérément les pieds.

Qui paie les frais de recouvrement ? Intérêts moratoires et clause pénale

C'est une question que beaucoup de dirigeants sous-estiment : les frais de recouvrement ne sont pas toujours à votre charge.

Les intérêts moratoires (article 1231-6 du Code civil)

  • Ils courent à compter de la mise en demeure, sauf clause contractuelle contraire.
  • Ils sont calculés sur le taux légal, sauf si le contrat prévoit un taux conventionnel (souvent 3 fois le taux légal entre professionnels).
  • Le créancier n'a pas besoin de prouver un préjudice : c'est une indemnité forfaitaire automatique.

L'indemnité forfaitaire de 40 € (article L. 441-10 du Code de commerce)

Entre professionnels, tout retard de paiement ouvre droit, de plein droit et sans qu'un rappel préalable soit nécessaire, à une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement - en plus des intérêts de retard. Si vos frais réels (avocat, commissaire de justice) dépassent ce montant, vous pouvez demander une indemnisation complémentaire sur justificatifs.

La clause pénale

Si votre contrat ou vos CGV prévoient une clause pénale en cas de retard de paiement, elle s'applique en plus - sous réserve que le juge ne la révise pas s'il l'estime manifestement excessive ou dérisoire (article 1231-5 du Code civil).

Attention à un point souvent mal compris : en dehors des procédures avec titre exécutoire, les frais de recouvrement engagés à l'initiative du créancier restent en principe à sa charge, sauf exceptions - notamment lorsqu'un juge condamne le débiteur à leur remboursement (article 700 du Code de procédure civile) ou lorsqu'une clause contractuelle valable le prévoit expressément. Ne partez donc jamais du principe que le débiteur paiera automatiquement vos frais d'avocat ou de commissaire de justice.

En résumé, un débiteur professionnel de mauvaise foi peut se voir réclamer :

  • Le principal de la créance
  • Les intérêts moratoires au taux légal ou conventionnel
  • L'indemnité forfaitaire de 40 €
  • Les frais de recouvrement engagés au-delà, sur justificatifs et sous conditions
  • Une éventuelle clause pénale contractuelle

Autant d'éléments à faire valoir dès la mise en demeure, pour maximiser ce que vous récupérerez au final.

Pourquoi et quand faire appel à un avocat plutôt qu'un recouvreur de créances

C'est la question que se posent la plupart des chefs d'entreprise : recouvreur ou avocat d'affaires ?

Le recouvreur de créances (société de recouvrement) intervient en phase amiable. Il relance, négocie, parfois rachète la créance. Utile pour des volumes de petites créances homogènes (facturation récurrente, abonnements), moins adapté dès que le dossier se complique.

L'avocat intervient quand :

  • Le montant de la créance est significatif (au-delà de quelques milliers d'euros).
  • Le client conteste la facture, la prestation ou le contrat.
  • Une procédure judiciaire devient nécessaire (injonction de payer, assignation au fond, référé-provision).
  • Le débiteur est une entreprise en difficulté : il faut vérifier l'existence d'une procédure collective (sauvegarde, redressement, liquidation) avant d'agir, sous peine de nullité de la démarche.
  • Vous voulez sécuriser juridiquement le dossier avant escalade (calcul exact des intérêts, rédaction de la mise en demeure, choix de la juridiction compétente, analyse de la clause attributive de compétence).
  • La relation commerciale doit être préservée malgré le contentieux - un avocat sait doser la fermeté sans fermer la porte à une reprise de relation.

La vraie différence : un recouvreur agit sans pouvoir engager de procédure judiciaire en votre nom. Dès qu'il faut saisir un tribunal, seul un avocat (ou vous-même en direct pour l'injonction de payer) peut porter le dossier. Beaucoup d'entreprises perdent un temps précieux à laisser traîner une créance chez un recouvreur amiable alors qu'elle aurait dû basculer en judiciaire depuis longtemps - chaque mois qui passe réduit les chances réelles de recouvrement, surtout si le débiteur est en difficulté financière.

Quelle stratégie selon le profil du débiteur

Le bon réflexe ne dépend pas seulement du montant, mais du profil du débiteur. Voici la logique qu'un avocat d'affaires applique en pratique :

Profil du débiteur Risque pour le créancier Action recommandée
Client solvable mais négligent Faible Relance structurée puis mise en demeure d’avocat
Client silencieux malgré plusieurs relances Moyen Injonction de payer rapide pour obtenir un titre exécutoire
Client qui conteste la facture ou la prestation Élevé Analyse du contrat, des preuves et assignation en paiement si nécessaire
Entreprise en difficulté financière Très élevé Vérification d’une procédure collective et déclaration de créance
Débiteur qui organise son insolvabilité Critique Mesures conservatoires urgentes avant jugement

Combien coûte un avocat pour un recouvrement de créances

Les honoraires varient selon la complexité et le montant, mais voici des repères réalistes constatés sur le marché :

Étape Coût indicatif HT
Mise en demeure rédigée par avocat 100 € à 500 €
Injonction de payer : mise en demeure, requête et suivi 300 € à 1 500 €
Référé-provision 600 € à 1 500 €
Assignation en paiement / contentieux au fond 900 € à 3 000 € et plus
Frais de greffe devant le tribunal de commerce Environ 35 € à 40 €
Signification par commissaire de justice 50 € à 150 €

Deux modèles de facturation coexistent souvent :

  • Forfait fixe selon l'étape engagée.
  • Honoraire de résultat, en pourcentage du montant effectivement recouvré (souvent dégressif : 15 % jusqu'à 25 000 €, puis 12,5 %, 10 %, 8 % au-delà selon les tranches).

Beaucoup de cabinets combinent les deux : un forfait modéré pour couvrir le travail engagé, plus un pourcentage sur les sommes réellement encaissées. C'est un modèle qui aligne l'intérêt de l'avocat sur le vôtre - il n'est payé pleinement que si vous êtes payé.

Point important : ces honoraires s'ajoutent à l'indemnité forfaitaire de 40 € et peuvent, pour partie, être répercutés sur le débiteur si le juge l'y condamne au titre de l'article 700 du Code de procédure civile. Demandez toujours une convention d'honoraires écrite avant d'engager la moindre démarche : c'est une obligation déontologique, et ça vous protège d'une facture surprise.

Comment réagir face à un client mauvais payeur : les bons réflexes

Les 5 réflexes à avoir dès le premier retard :

  1. Ne laissez jamais traîner au-delà de 30 jours sans relance formelle. Plus vous attendez, plus la créance devient difficile à recouvrer - surtout si le débiteur cumule les impayés auprès de plusieurs fournisseurs.
  2. Documentez tout : devis signé, bon de commande, bon de livraison, échanges d'e-mails. En cas de contestation, c'est ce dossier qui fera la différence devant le juge.
  3. Vérifiez la situation du débiteur avant d'engager des frais : une entreprise déjà en procédure collective change complètement la stratégie (déclaration de créance au passif, pas de mise en demeure classique).
  4. Chiffrez précisément votre créance : principal, intérêts moratoires, indemnité forfaitaire de 40 €, éventuelle clause pénale. Un chiffrage clair accélère toute négociation.
  5. N'attendez pas d'être en tension de trésorerie pour agir : mieux vaut sécuriser une créance quand vous avez encore de la marge de manœuvre que dans l'urgence.

Les signaux qui doivent déclencher une action immédiate (sans attendre les 30 jours classiques) :

  • Le client cesse de répondre à toute sollicitation.
  • Des rumeurs ou informations publiques évoquent des difficultés financières de son entreprise.
  • Le débiteur a déjà fait l'objet d'impayés répétés dans le passé.
  • Le montant en jeu représente une part significative de votre trésorerie.

Dans ces cas-là, chaque semaine compte. Consulter un avocat en amont, même juste pour calibrer la mise en demeure et anticiper la procédure judiciaire, coûte largement moins cher qu'une créance jamais récupérée.

Vous avez une facture impayée ? Faites auditer votre créance avant d'engager des frais inutiles

Avant de lancer une injonction de payer, une assignation ou une saisie, un audit juridique rapide de votre dossier permet de :

  • Vérifier la solidité de votre créance (CGV opposables à vos clients, preuve de livraison, calcul exact des sommes dues) pour ne pas engager une procédure vouée à l'échec.
  • Identifier le bon levier contractuel (clause de réserve de propriété, clause pénale, clause attributive de compétence) avant de choisir la procédure.
  • Éviter les frais inutiles en confirmant que le débiteur n'est pas déjà en procédure collective, ce qui changerait totalement la marche à suivre.

Les documents à transmettre à votre avocat

Pour que l'audit de votre créance soit rapide et fiable, préparez en amont :

  • La facture impayée (et les précédentes en cas de relation commerciale continue).
  • Le devis ou le contrat signé par le client.
  • Vos CGV, avec la preuve qu'elles ont été communiquées et acceptées.
  • Les bons de commande et bons de livraison.
  • Les e-mails échangés avec le débiteur (négociation, réserves, promesses de paiement).
  • L'historique de vos lettres de relance et de mise en demeure déjà envoyées.
  • Le Kbis du débiteur, pour vérifier sa situation juridique actuelle.
  • Toute preuve d'exécution de la prestation ou de la livraison (PV de réception, accusé de réception, rapport d'intervention).

Plus le dossier est complet dès le départ, plus vite votre avocat peut vous dire si l'amiable suffit, ou s'il faut basculer directement sur une procédure judiciaire.

FAQ

Qu'est-ce que le recouvrement de créances ?

C'est l'ensemble des démarches, amiables puis éventuellement judiciaires, permettant à un créancier de récupérer une somme d'argent due par un débiteur. Il va de la simple lettre de relance jusqu'à la saisie des biens du débiteur via un huissier de justice, une fois un titre exécutoire obtenu.

Comment faire un recouvrement de créances ?

On commence par une relance amiable, puis une lettre de mise en demeure. Si le débiteur reste silencieux ou conteste, on vérifie sa situation (procédure collective éventuelle) avant de saisir la juridiction compétente : injonction de payer pour une créance non contestée, référé-provision si l'urgence prime, ou assignation au fond en cas de litige commercial sérieux.

Quelles sont les procédures de recouvrement ?

On distingue la procédure simplifiée pour les petites créances (moins de 5 000 €, via commissaire de justice), l'injonction de payer, le référé-provision et l'assignation au fond devant le tribunal compétent. Le choix dépend du montant, du caractère contesté ou non de la créance, et de l'urgence.

Combien de temps prend un recouvrement de créances ?

Une relance amiable efficace peut aboutir en quelques jours. Une injonction de payer prend généralement 1 à 3 mois. Une assignation au fond contestée peut s'étaler sur 6 mois à plus d'un an, appel compris.

Peut-on recouvrer une créance sans avocat ?

Oui, pour l'injonction de payer et la procédure simplifiée des petites créances, la représentation par avocat n'est pas obligatoire. Elle le devient devant le tribunal judiciaire au-delà de 10 000 € en procédure au fond, y compris en référé-provision.

Quel est le délai de prescription pour agir en recouvrement de créances ?

Le délai de prescription de droit commun est de 5 ans à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'agir (article 2224 du Code civil). Passé ce délai, l'action en justice n'est plus recevable.

Qu'est-ce qu'une créance certaine, liquide et exigible ?

C'est la condition pour engager une procédure judiciaire de recouvrement : certaine (son existence n'est pas contestable), liquide (son montant est déterminé), exigible (son échéance est dépassée).

La lettre de mise en demeure est-elle obligatoire avant toute procédure ?

Même lorsqu'elle n'est pas toujours une condition de recevabilité, elle reste fortement recommandée dans la quasi-totalité des cas : elle doit être envoyée en recommandé avec accusé de réception et fixer un délai raisonnable de paiement avant toute action judiciaire.

Que faire si le débiteur est en liquidation judiciaire ?

Il faut déclarer sa créance au passif de la procédure collective, auprès du mandataire ou liquidateur judiciaire, dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Une injonction de payer ou une assignation classique n'est alors plus la voie adaptée.

Peut-on cumuler intérêts moratoires et indemnité forfaitaire de 40 € ?

Oui. Entre professionnels, l'indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement se cumule avec les intérêts de retard au taux légal ou conventionnel, prévus par l'article 1231-6 du Code civil.

Un avocat coûte-t-il plus cher qu'un recouvreur de créances ?

Pas nécessairement. Un recouvreur facture souvent une commission sur le montant recouvré en phase amiable, sans garantie de résultat. Un avocat propose généralement un forfait par étape, parfois assorti d'un honoraire de résultat, avec la capacité d'engager une procédure judiciaire si l'amiable échoue - ce que le recouvreur ne peut pas faire.

Sources officielles