Le Bouard Avocats


Le redressement judiciaire vise à sauver l'entreprise en difficulté financière en réorganisant ses activités et en remboursant les créanciers via un plan de redressement ou de continuation. La liquidation judiciaire intervient quand la sauvegarde est impossible : l'entreprise cesse définitivement ses activités, ses actifs sont vendus et le produit distribué aux créanciers. Le choix entre ces deux procédures collectives dépend de la viabilité de l'entreprise et de la décision du tribunal de commerce.
Lorsqu'une entreprise en difficulté fait face à une cessation de paiements, elle peut être soumise à une procédure collective. Deux solutions principales s'offrent alors : le redressement judiciaire ou la liquidation judiciaire. Ces deux procédures, régies par le Code de commerce, poursuivent des objectifs radicalement différents.
Le redressement judiciaire est une procédure de sauvetage. Son objectif principal est de permettre la poursuite de l'activité de l'entreprise en difficulté en réorganisant sa gestion, en renégociant ses dettes et en mettant en place un plan de redressement viable. L'entreprise continue d'exister, même si elle doit se restructurer profondément.
La liquidation judiciaire, en revanche, est une procédure de cessation définitive. Elle intervient quand la sauvegarde de l'entreprise est impossible ou quand le redressement a échoué. L'activité s'arrête, les actifs sont vendus, et le produit est distribué aux créanciers selon un ordre de priorité établi par la loi.
Avec le redressement judiciaire, l'entreprise continue d'exercer son activité, même sous surveillance. Un administrateur judiciaire est nommé par le tribunal pour accompagner la gestion et veiller au respect du plan de redressement. Les salariés conservent généralement leurs emplois, du moins pendant la période d'observation.
Avec la liquidation judiciaire, c'est l'inverse : l'entreprise cesse toute activité commerciale. Un liquidateur judiciaire est désigné pour vendre les actifs disponibles et régler les dettes. Les salariés perdent leurs emplois, bien qu'ils bénéficient de protections légales (indemnités de licenciement, priorité de paiement des salaires).

Le redressement judiciaire s'adresse aux entreprises qui traversent une difficulté financière temporaire mais dont l'activité reste viable. Plusieurs situations justifient le recours à cette procédure.
Une entreprise peut demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire si elle se trouve en état de cessation de paiements, c'est-à-dire qu'elle ne peut plus faire face à ses dettes exigibles avec son actif disponible. Cette situation doit être constatée par le tribunal de commerce (ou le tribunal judiciaire pour les personnes morales non commerçantes).
Qui peut demander l'ouverture ?
La demande doit être déposée auprès du tribunal compétent (tribunal de commerce pour les commerçants et artisans, tribunal judiciaire pour les autres).
Le tribunal examine si l'entreprise a des perspectives de continuation. Parmi les critères considérés :
Si le tribunal estime que l'entreprise n'est pas viable, il peut directement prononcer une liquidation judiciaire au lieu d'un redressement.
Les procédures collectives constituent le cadre légal pour traiter les difficultés financières des entreprises. Le Code de commerce en prévoit trois principales.
1. La sauvegarde
La procédure de sauvegarde est la plus précoce. Elle s'adresse aux entreprises qui ne sont pas encore en cessation de paiements mais qui anticipent des difficultés. C'est une mesure préventive permettant à l'entreprise de se restructurer avant la crise.
2. Le redressement judiciaire
Le redressement judiciaire intervient quand l'entreprise est en cessation de paiements mais que sa sauvegarde reste possible. Une période d'observation de 6 mois (renouvelable une fois) permet d'évaluer la situation et de préparer un plan de redressement.
3. La liquidation judiciaire
La liquidation judiciaire est la procédure ultime. Elle s'applique quand la sauvegarde de l'entreprise est impossible ou quand le redressement a échoué. L'entreprise cesse définitivement ses activités.
La liquidation judiciaire est une procédure complexe qui suit des étapes précises, encadrées par le Code de commerce et supervisées par le tribunal.
La date de cessation des paiements est fixée par le tribunal. Elle permet notamment de déterminer la période suspecte, qui peut remonter jusqu’à 18 mois avant le jugement d’ouverture de la procédure, conformément au Code de commerce. Les actes accomplis durant cette période peuvent être annulés s’ils portent atteinte aux droits des créanciers.
Un liquidateur judiciaire est nommé par le tribunal pour gérer la procédure. Le juge commissaire supervise l'ensemble du processus.
Les créanciers disposent d'un délai (généralement 2 mois) pour déclarer leurs créances auprès du liquidateur. La déclaration de créance est indispensable pour être admis au passif de la procédure et participer à la répartition de l’actif.
Le liquidateur judiciaire procède à la vente des actifs disponibles de l'entreprise : matériel, stocks, immobilier, etc. Cette vente peut se faire de gré à gré ou aux enchères publiques.
Le produit de la vente est distribué aux créanciers selon un ordre de priorité établi par la loi :
Une fois les actifs vendus et les créanciers payés, le liquidateur demande la clôture de la procédure au tribunal. L'entreprise est alors officiellement dissoute.
Les dirigeants peuvent faire l'objet d'une action en responsabilité si leur gestion fautive a contribué à la situation. Ils peuvent également être déclarés interdits de gérer par le tribunal.
Le redressement judiciaire poursuit un objectif fondamental : sauver l'entreprise en difficulté. Mais cet objectif se décline en plusieurs sous-objectifs.
Le redressement judiciaire vise avant tout à permettre la poursuite de l'activité de l'entreprise. Contrairement à la liquidation, il ne s'agit pas d'arrêter l'entreprise mais de la restructurer pour qu'elle redevienne viable.
Sauvegarder l'emploi
L'une des priorités du redressement est de maintenir les emplois. Bien que des licenciements puissent survenir, l'objectif est de préserver le maximum d'emplois en sauvant l'entreprise.
Rembourser les créanciers
Le redressement judiciaire vise à rembourser les créanciers via un plan de redressement ou un plan de continuation. Contrairement à la liquidation, les créanciers ne perdent pas tout.
Préserver la valeur économique
En continuant l'activité, l'entreprise conserve sa valeur économique et commerciale. Cela bénéficie à l’ensemble des parties prenantes : créanciers, salariés et partenaires économiques.
Le redressement judiciaire donne lieu à l’adoption d’un plan de redressement arrêté par le tribunal. Ce plan peut prendre la forme :
• d’un plan de continuation de l’activité, avec rééchelonnement du passif,
• ou d’un plan de cession totale ou partielle de l’entreprise.
La liquidation judiciaire entraîne des conséquences graves et irréversibles pour l'entreprise, ses dirigeants et ses salariés.
Cessation définitive de l'activité
L'entreprise cesse immédiatement toute activité commerciale. Elle ne peut plus exercer son métier, signer de nouveaux contrats ou poursuivre ses projets.
Dissolution de la personne morale
À la fin de la procédure, l'entreprise est dissoute. Elle cesse d'exister juridiquement.
Perte des actifs
Tous les actifs de l'entreprise sont vendus pour rembourser les créanciers. L'entreprise perd son matériel, ses stocks, ses immobiliers, etc.
Fin des contrats
Les contrats en cours ne sont pas automatiquement résiliés. Le liquidateur judiciaire peut décider de leur poursuite ou de leur résiliation selon l’intérêt de la procédure. Les contrats de travail sont rompus dans le respect des règles légales applicables.
Licenciement collectif
Tous les salariés sont licenciés. Bien qu'ils bénéficient de protections légales (indemnités de licenciement, priorité de paiement des salaires), la perte d'emploi est certaine.
Priorité de paiement des salaires
Les salaires et les indemnités de licenciement sont payés en priorité sur les autres créances. C'est une protection importante pour les salariés.
Perte partielle ou totale
Les créanciers ne sont remboursés que sur le produit de la vente des actifs. Si les actifs sont insuffisants, ils subissent une perte.
Ordre de priorité strict
Le remboursement suit un ordre de priorité établi par la loi. Les créanciers non privilégiés sont souvent les derniers à être payés.
Responsabilité personnelle
Les dirigeants peuvent être poursuivis en responsabilité civile ou pénale si leur gestion fautive a contribué à la situation.
Interdiction de gérer
En cas de faute de gestion ayant contribué à l’insuffisance d’actif, le tribunal peut prononcer à l’encontre du dirigeant une interdiction de gérer pour une durée maximale pouvant aller jusqu’à 15 ans, dans le cadre d’une procédure de sanction spécifique.
Atteinte à la réputation
Une liquidation judiciaire laisse une trace durable sur la réputation professionnelle du dirigeant.
L'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire peut être demandée par plusieurs acteurs, chacun ayant des motivations différentes.
Le dirigeant (gérant, président, administrateur) est souvent le premier à demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire. C'est généralement la meilleure stratégie : en agissant rapidement, le dirigeant montre sa bonne foi et augmente les chances d'obtenir un redressement plutôt qu'une liquidation.
Délai légal : Le dirigeant doit demander l'ouverture dans les 45 jours suivant la constatation de la cessation de paiements.
Les créanciers (fournisseurs, banques, organismes sociaux) peuvent également demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire. Leur intérêt est de récupérer au moins une partie de leurs créances plutôt que de perdre tout en cas de liquidation.
Le procureur de la République peut demander l'ouverture d'une procédure collective si l'entreprise est en cessation de paiements et que le dirigeant n'a pas agi. C'est une mesure d'ordre public visant à protéger l'économie locale.
La liquidation judiciaire n'est pas automatique. Le tribunal examine plusieurs critères avant de la prononcer.
Le critère déterminant est l'absence de viabilité de l'entreprise. Si le tribunal estime que l'entreprise ne peut pas être sauvée, même avec un redressement, il prononce une liquidation.
L'absence de projet de redressement crédible
Si aucun projet de redressement viable n'est présenté, le tribunal peut prononcer une liquidation.
L'échec du redressement antérieur
Si l'entreprise a déjà bénéficié d'un redressement judiciaire qui a échoué, le tribunal peut prononcer une liquidation.
La situation financière irrémédiable
Si les dettes sont trop importantes par rapport aux actifs, et qu'aucun plan ne peut les rembourser, une liquidation est prononcée.
L'intérêt économique et social
Le tribunal considère aussi l'intérêt économique et social : maintien des emplois, impact sur les fournisseurs, etc. Mais cet intérêt ne peut pas compenser une absence totale de viabilité.
La période d'observation dure 6 mois, renouvelable une fois (donc maximum 12 mois). Après cette période, le tribunal doit approuver un plan de redressement ou prononcer une liquidation. L'exécution du plan peut durer plusieurs années.
Oui. L'entreprise continue son activité pendant le redressement. Les salariés conservent généralement leurs emplois, bien que des restructurations soient possibles.
Si l'entreprise ne respecte pas le plan de redressement ou si la situation s'aggrave, le tribunal peut convertir le redressement en liquidation judiciaire.
Les frais incluent les honoraires de l'administrateur ou liquidateur judiciaire, les frais de tribunal, etc. Ces frais sont prélevés sur les actifs de l'entreprise en priorité.
Oui, si sa gestion fautive a contribué à la situation. Le tribunal peut prononcer une action en responsabilité et une interdiction de gérer.
Les créanciers disposent généralement de 2 mois pour déclarer leurs créances auprès du liquidateur. Passé ce délai, ils peuvent perdre leurs droits.
La liquidation judiciaire ne permet pas toujours le remboursement intégral des dettes.
Pour une société, la clôture de la liquidation pour insuffisance d’actif entraîne en principe l’extinction des dettes.
Pour une entreprise individuelle ou un dirigeant caution, les dettes peuvent subsister selon la situation personnelle et les garanties accordées.
Oui, mais le dirigeant peut être frappé d'une interdiction de gérer pendant une période déterminée (jusqu'à 15 ans). Passé ce délai, il peut créer une nouvelle entreprise.
Les procédures collectives sont complexes et les enjeux sont majeurs pour votre entreprise, vos salariés et vos créanciers. Une erreur de stratégie peut coûter très cher.
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