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Clause d'inaliénabilité en SAS : durée, rédaction et sanctions

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November 2, 2026

Le Bouard Avocats

Statuts de société fermés par un cadenas sur une table de réunion d'un cabinet d'avocats, illustrant la clause d'inaliénabilité des actions.

Vous préparez les statuts d'une SAS ou l'entrée d'un investisseur ? Vous êtes associé et une clause vous empêche de vendre vos titres ? La clause d'inaliénabilité est l'un des outils juridiques les plus puissants pour stabiliser le capital d'une société par actions simplifiée.

Elle obéit pourtant à des règles strictes. Ce guide vous permet d'identifier votre situation, de vérifier la validité de la clause et de choisir la prochaine démarche utile.

En bref

Clause d'inaliénabilité en SAS : cinq points de contrôle avant de signer ou de céder.

  • Durée : les statuts peuvent rendre les titres inaliénables pour dix ans au plus (article L. 227-13 du Code de commerce).
  • Unanimité : la clause statutaire ne peut être adoptée ou modifiée qu'avec l'accord de tous les associés (article L. 227-19).
  • Sanction : une cession faite en violation des clauses statutaires est nulle (article L. 227-15).
  • SASU : ces règles ne s'appliquent pas tant que la société ne compte qu'un associé (article L. 227-20).
  • Donation : une clause posée dans une donation ou un legs obéit à un autre régime, celui de l'article 900-1 du Code civil.

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Qu'est-ce qu'une clause d'inaliénabilité ? Définition et fonctionnement

Une clause d'inaliénabilité a pour objet d'interdire temporairement la cession d'un bien. Dans une entreprise, ce bien est le plus souvent un titre : action ou part sociale. Le titulaire conserve la propriété, mais il ne peut pas vendre avant la fin de la période déterminée.

Le terme recouvre en réalité deux situations très différentes. La première relève du droit des sociétés : la clause figure dans les statuts ou dans un pacte d'associés. La seconde relève du droit des libéralités : la clause accompagne une donation ou un testament.

Une restriction temporaire, pas une confiscation

L'inaliénabilité ne prive pas la personne concernée de ses autres droits. Elle conserve en principe son droit de vote, son droit aux dividendes et son droit d'information, sauf stipulation contraire valable.

Seule la faculté de céder est gelée. C'est ce qui distingue la clause d'un mécanisme d'exclusion ou de rachat forcé.

En matière de sociétés comme en matière de patrimoine, la clause est d'abord un outil de protection. Elle permet de protéger un bien, une entreprise ou un projet contre une vente prématurée.

Pourquoi les fondateurs y recourent

Dans la pratique, la clause répond à quelques objectifs récurrents. Ils guident sa rédaction :

  • Stabiliser l'équipe fondatrice pendant les premières années du projet.
  • Rassurer un investisseur qui rejoint le capital sur la foi des personnes en place.
  • Protéger un montage, par exemple une holding ou une opération de reprise.
  • Éviter l'entrée d'un tiers avant que la société ait trouvé son équilibre de gestion.
  • Sécuriser la création d'une entreprise portée par quelques entrepreneurs.

Clause d'inaliénabilité en SAS : ce que prévoit le Code de commerce

Pour la société par actions simplifiée, la loi encadre expressément l'inaliénabilité statutaire des actions. Quelques textes courts en fixent l'essentiel.

L'article L. 227-13 : dix ans au maximum

Selon l'article L. 227-13 du Code de commerce, en vigueur depuis le 21 septembre 2000, les statuts de la société peuvent prévoir l'inaliénabilité des actions pour une durée n'excédant pas dix ans.

Le texte ne dit rien de plus. Les titres visés, le point de départ du délai et les éventuelles exceptions relèvent donc de la rédaction des statuts. C'est là que se joue la sécurité de la disposition statutaire.

L'article L. 227-19 : l'unanimité des associés

L'article L. 227-19 prévoit que les clauses statutaires visées à l'article L. 227-13 ne peuvent être adoptées ou modifiées qu'à l'unanimité des associés.

Concrètement, aucun actionnaire ne peut se voir imposer une inaliénabilité par la majorité. À l'inverse, une clause existante ne peut pas être allégée ou supprimée sans l'accord de chacun.

L'article L. 227-15 : la nullité de la cession

L'article L. 227-15 est bref : toute cession effectuée en violation des clauses statutaires est nulle. La sanction vise donc l'acte de cession lui-même.

Pour l'acquéreur, le risque est majeur. Il doit lire les statuts à jour avant de signer, et non se contenter d'un extrait ou d'une ancienne version.

Le cas de la SASU

Selon l'article L. 227-20, les articles L. 227-13 à L. 227-19 ne sont pas applicables aux sociétés ne comprenant qu'un seul associé.

Une clause rédigée dans une SASU ne produit donc pas les effets décrits ici, même si sa mise en place anticipe l'avenir. La question se pose réellement le jour où un deuxième actionnaire rejoint la société. C'est le bon moment pour relire les statuts.

Combien de temps peut durer l'inaliénabilité ?

La limite de dix ans est un plafond légal, pas un délai conseillé. La bonne période dépend de l'objet poursuivi et de l'horizon du projet.

Choisir un point de départ clair

Le texte ne fixe pas le point de départ du délai. Les statuts doivent donc le préciser sans ambiguïté : immatriculation, adoption de la clause ou souscription des actions concernées.

Une formulation floue ouvre un débat sur le terme. Ce conflit surgit généralement au pire moment, lorsqu'un actionnaire veut vendre.

Ce qui se passe à l'expiration

À l'échéance, l'interdiction cesse. Les titres redeviennent cessibles, sous réserve des autres clauses qui continuent de s'appliquer, comme l'agrément ou la préemption.

Si les signataires veulent prolonger la restriction, à l'occasion d'une révision des statuts par exemple, ils doivent l'adopter de nouveau. Une nouvelle clause relève alors de l'unanimité exigée par l'article L. 227-19, dans le respect du plafond de l'article L. 227-13.

Comment rédiger une clause d'inaliénabilité dans les statuts

Une clause efficace est une clause précise. Le texte laisse une grande liberté, ce qui rend nécessaire de tout prévoir, avec l'aide d'un professionnel du droit.

Voici les points que le cabinet vérifie à chaque rédaction :

  1. Les titres concernés : la totalité du capital, une catégorie d'actions ou les titres de certains membres seulement.
  2. Les opérations visées : vente, apport, donation, nantissement ou démembrement, selon ce que les fondateurs veulent interdire.
  3. La période et son point de départ, dans la limite de dix ans.
  4. Les exceptions : cessions entre membres du capital, transmission à une holding contrôlée ou départ en cas d'événement grave.
  5. L'articulation avec l'agrément, la préemption et les engagements extrastatutaires.

Exemple hypothétique

Trois fondateurs créent une structure et accueillent un investisseur. Les statuts rendent leurs titres inaliénables pendant quatre ans à compter de cette entrée, sauf cession entre fondateurs.

Ce schéma est simple à lire. Il précise qui est bloqué, à partir de quand et avec quelle porte de sortie. C'est ce niveau de détail qui évite un contentieux ultérieur.

Les erreurs fréquentes

Plusieurs maladresses reviennent souvent dans les statuts que nous relisons :

  • Une période supérieure à dix ans ou sans terme précis.
  • Un oubli des opérations indirectes, comme la cession de la holding qui détient les titres.
  • Une clause recopiée d'un modèle sans lien avec le projet réel.
  • Une contradiction entre les statuts et la convention extrastatutaire.

Exemples de clauses d'inaliénabilité

Il n'existe pas de modèle universel de clause d'inaliénabilité. Les exemples ci-dessous sont hypothétiques et servent seulement à illustrer les choix de rédaction.

Une clause générale et limitée dans le temps

Une première rédaction peut prévoir que la totalité des titres est inaliénable pendant trois ans à compter de l'immatriculation. Elle convient à une entreprise naissante dont l'équipe doit rester stable.

Sa simplicité est un atout. Elle impose toutefois de prévoir les cas de décès, d'incapacité ou de départ d'un associé, que la clause ne règle pas seule.

Une clause ciblée sur certains fondateurs

Une deuxième rédaction ne vise que les titres des fondateurs. L'investisseur conserve alors sa liberté, tandis que les dirigeants s'engagent à rester au capital pendant la phase de développement.

Ce choix suppose l'unanimité, y compris l'accord des fondateurs concernés. Il crée une obligation à leur charge. Il doit être expliqué dans les documents de l'opération pour éviter toute contestation.

Une clause assortie d'exceptions

Une troisième rédaction combine l'empêchement de céder et des exceptions précises :

  • Cessions entre fondateurs, qui ne modifient pas le cercle du capital.
  • Apport à une holding contrôlée par le cédant, sous conditions de maintien du contrôle.
  • Accord unanime des autres membres pour une opération déterminée.

Plus la clause est adaptée au projet, plus elle est juridiquement solide et utile en pratique.

Inaliénabilité, agrément et préemption : quelle différence ?

Ces trois clauses limitent la libre cession des titres, mais pas de la même manière. Les confondre conduit à des erreurs de procédure.

Trois clauses statutaires qui encadrent la cession d'actions de SAS
ClauseEffetTexteAdoption ou modification
InaliénabilitéInterdit de céder pendant une durée limitéeL. 227-13 (dix ans au plus)Unanimité (L. 227-19)
AgrémentSoumet la cession à l'accord préalable de la sociétéL. 227-14Décision collective selon les statuts (L. 227-19)
PréemptionDonne une priorité d'achat à certaines personnesStatuts ou pacteSelon les statuts ou le pacte

Selon l'article L. 227-14, les statuts peuvent soumettre toute cession d'actions à l'agrément préalable de la société. Nous détaillons ce mécanisme dans notre guide sur la clause d'agrément en SAS.

Un point sur le prix

L'article L. 227-18 organise la fixation du prix lorsque la société met en œuvre une clause prise en application des articles L. 227-14, L. 227-16 et L. 227-17.

L'inaliénabilité de l'article L. 227-13 n'y figure pas. C'est logique : elle n'organise pas un rachat, elle interdit la vente pour un temps déterminé.

Clause d'inaliénabilité et pacte d'associés

La clause peut aussi figurer dans une convention entre actionnaires, mais son régime change. Les articles L. 227-13 à L. 227-15 visent les clauses statutaires.

Dans ce cas, l'engagement relève du droit des contrats. Il lie les parties signataires, mais la nullité de l'article L. 227-15 ne s'y applique pas en tant que telle. La conséquence d'une violation dépend alors du contenu de l'acte et des règles contractuelles.

Statuts ou pacte : comment choisir

Le choix dépend de ce que les fondateurs recherchent. Quelques repères aident à trancher :

  • Les statuts offrent une sanction légale forte, la nullité de l'article L. 227-15.
  • La convention extrastatutaire reste confidentielle et peut ne concerner que certains signataires.
  • La combinaison des deux est fréquente, à condition d'éviter toute contradiction.

Pour aller plus loin sur la forme de ces engagements, consultez notre article sur les clauses indispensables d'un pacte d'actionnaires.

Clause d'inaliénabilité dans une donation : un autre régime

Lorsque des titres sont donnés ou légués, la clause d'inaliénabilité relève du Code civil. C'est le sens le plus courant de la recherche « clause d'inaliénabilité » sur internet.

L'article 900-1 du Code civil

Selon l'article 900-1 du Code civil, les clauses d'inaliénabilité affectant un bien donné ou légué ne sont valables que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime.

Même dans ce cas, le donataire ou le légataire peut être judiciairement autorisé à disposer du bien. Il faut que l'intérêt qui justifiait la clause ait disparu ou qu'un intérêt plus important l'exige.

Ce que cela change pour un chef d'entreprise

Un dirigeant qui transmet des titres à ses enfants peut assortir la donation d'une inaliénabilité. Cette clause relève alors du droit des libéralités, avec la possibilité d'une levée judiciaire, ou mainlevée.

Si les statuts de la SAS contiennent aussi une clause, les deux régimes se superposent. Il faut alors coordonner l'acte de donation, souvent rédigé par le notaire, et les statuts de la société.

Parts de SCI, immobilier et patrimoine familial

Le texte vise tout bien donné ou légué. Il s'applique donc également à la donation de parts de SCI familiale, d'un bien immobilier ou de parts sociales.

Dans la gestion d'un patrimoine familial, la clause permet au donateur de s'assurer que le bien reste dans la famille pendant une période raisonnable. Elle doit reposer sur une raison sérieuse et légitime, condition de sa validité.

Lever la clause : demande au juge et autorisation judiciaire

Le donataire qui souhaite vendre avant le terme doit présenter une demande en justice. On parle couramment de mainlevée de la clause.

Saisis d'une telle demande, les tribunaux vérifient les deux hypothèses prévues par l'article 900-1 : la disparition de l'intérêt qui justifiait la clause, ou l'existence d'un intérêt plus important. L'autorisation judiciaire n'est donc jamais automatique.

Donation, succession et transmission de l'entreprise familiale

La clause d'inaliénabilité est souvent utilisée dans la transmission familiale d'une entreprise. Le donateur veut éviter que les titres donnés, par donation simple ou par donation-partage, soient vendus trop tôt à un tiers.

Dans le cadre d'un partage familial, la clause vise à garantir que l'outil professionnel reste entre les mains de ceux qui doivent le faire vivre.

Dans une succession, la question se pose aussi lorsque le testateur a prévu, par testament, un legs de titres assorti d'une telle clause. Dans cette transmission successorale, la clause relève de l'article 900-1, qui vise aussi les biens légués. Le légataire et les héritiers doivent vérifier le terme et la justification de la clause.

Les enjeux fiscaux d'une transmission de titres ne se déduisent pas de la clause elle-même. La fiscalité de l'opération et la position de l'administration fiscale doivent être examinées au cas par cas avec le notaire et l'expert-comptable de la famille.

Conditions de validité : le récapitulatif

Selon le cadre juridique, les conditions de validité ne sont pas les mêmes :

  • Statuts de SAS : dix ans au plus et unanimité (L. 227-13 et L. 227-19).
  • Donation ou legs : caractère temporaire et intérêt sérieux et légitime (article 900-1 du Code civil).
  • Convention entre actionnaires : règles du droit des contrats et rédaction soignée du terme et des sanctions.

Les limites de la clause et les risques pour l'associé

Une inaliénabilité bien rédigée protège l'entreprise, mais elle peut enfermer un associé. Ce risque doit être mesuré avant de signer.

Le risque de blocage

Pendant toute la vie de la clause, l'actionnaire ne peut pas sortir par une vente. En cas de mésentente ou de besoin personnel de liquidités, il dépend de la bonne volonté des autres membres.

C'est pourquoi les exceptions négociées au départ comptent autant que le délai. Une porte de sortie prévue dans les statuts vaut mieux qu'un litige.

Les réflexes avant de signer

Avant d'accepter une inaliénabilité, quelques vérifications s'imposent :

  • Mesurer le délai réel au regard de votre horizon personnel et professionnel.
  • Identifier les cas de sortie prévus, et ceux qui manquent.
  • Vérifier la cohérence entre les statuts, le pacte et, le cas échéant, l'acte de donation.
  • Conserver une version datée des statuts et des engagements signés.

Céder malgré une clause d'inaliénabilité : quelles options ?

Tant que la clause produit ses effets, une vente qui la méconnaît est exposée à la nullité. D'autres voies existent toutefois.

Les membres du capital peuvent décider ensemble de modifier ou supprimer la clause. Il faut alors réunir l'unanimité exigée par l'article L. 227-19. La négociation porte souvent sur les conditions de cette sortie anticipée.

Il faut aussi vérifier si la cession envisagée entre dans une exception prévue par les statuts. Une lecture attentive évite de renoncer à une opération possible.

Si vous envisagez une cession, une transformation ou une réorganisation, voyez aussi notre article sur la transformation d'une SARL en SAS, moment privilégié pour négocier ces clauses.

Questions fréquentes sur la clause d'inaliénabilité

Qu'est-ce qu'une clause d'inaliénabilité ?

C'est une clause qui empêche temporairement de céder un bien, par exemple des titres de SAS. Le titulaire en conserve la propriété.

Quelle est la durée maximale en SAS ?

Dans les statuts d'une SAS, l'inaliénabilité ne peut excéder dix ans, selon l'article L. 227-13.

Faut-il l'accord de tous les associés ?

Oui. La clause statutaire ne peut être adoptée ou modifiée qu'à l'unanimité des associés (article L. 227-19).

Que risque-t-on en cédant malgré la clause ?

Une cession faite en violation des clauses statutaires est nulle, selon l'article L. 227-15.

Comment lever une clause d'inaliénabilité ?

Dans une société par actions simplifiée, les membres du capital peuvent lever la clause à l'unanimité. Dans une donation ou un testament, le bénéficiaire peut demander une autorisation judiciaire dans les conditions de l'article 900-1.

La clause s'applique-t-elle dans une SASU ?

Non, tant que la société ne compte qu'un associé : l'article L. 227-20 écarte alors les articles L. 227-13 à L. 227-19.

Conclusion

La clause d'inaliénabilité en SAS est un outil simple dans son principe : dix ans au plus, l'unanimité pour l'adopter et la nullité de la cession qui la méconnaît. Sa valeur dépend entièrement de sa rédaction.

Avant d'insérer, d'accepter ou de contester une telle clause, relisez vos statuts et votre pacte, puis faites le point avec un avocat en droit des sociétés. Le cabinet, composé de cinq avocats à Versailles et à Paris, intervient aux côtés des dirigeants et des associés de SAS.

Noémie Le Bouard, avocate associée à Versailles

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