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Nomination d'un commissaire aux comptes : seuils, procédure et durée du mandat

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October 19, 2026

Le Bouard Avocats

Commissaire aux comptes examinant les comptes annuels avec le dirigeant et une associée lors d'une réunion de la société.

La nomination d'un commissaire aux comptes (CAC) devient obligatoire lorsqu'une SAS ou une SARL dépasse deux des trois seuils fixés par décret. En dessous, elle reste possible, à l'initiative de l'entreprise ou à la demande de certains associés.

Pour le dirigeant, la question revient à chaque clôture d'exercice : la société a-t-elle franchi les seuils ? Qui doit décider de la nomination, et pour quelle durée ? Une erreur peut fragiliser les votes de l'assemblée.

Ce guide fait le point sur les conditions de nomination en vigueur, les démarches à accomplir selon la forme juridique, la durée du mandat et les conséquences d'une absence de CAC. Il permet d'identifier sa situation et la prochaine démarche utile.

En bref

Votre société approche des seuils ? Cinq points de contrôle.

  • Seuils : nomination obligatoire si deux critères sur trois sont dépassés à la clôture d'un exercice : 5 millions d'euros de bilan, 10 millions d'euros de chiffre d'affaires hors taxe, 50 salariés.
  • Petits groupes : une société contrôlée est visée dès 2,5 millions d'euros de bilan, 5 millions d'euros de chiffre d'affaires et 25 salariés.
  • Décision : en SAS, une décision collective des associés ; en SARL, des associés représentant plus de la moitié des parts sociales.
  • Durée : un mandat de six exercices, ou de trois exercices dans les cas prévus par la loi.
  • Oubli : les délibérations prises sans désignation régulière encourent la nullité.

Faire sécuriser la décision des associés

Qu'est-ce qu'un commissaire aux comptes ?

Le commissaire aux comptes est un professionnel indépendant chargé de certifier les comptes annuels de la société. Il atteste qu'ils sont réguliers, sincères et qu'ils donnent une image fidèle de son patrimoine, de sa situation financière et de son résultat.

Cette mission de certification des comptes est définie par l'article L. 821-53 du Code de commerce. Elle profite aux associés et actionnaires, mais aussi aux tiers qui consultent les documents comptables de l'entreprise : banques, partenaires, repreneurs.

Commissaire aux comptes et expert-comptable : deux rôles distincts

Le commissaire aux comptes ne doit pas être confondu avec l'expert-comptable. Ce dernier accompagne la société dans la tenue et la présentation de sa comptabilité, dans le cadre d'une mission qu'elle lui confie.

Le commissaire aux comptes, lui, contrôle les comptes ainsi établis. Sa désignation relève des associés, et non du seul dirigeant, ce qui garantit son indépendance à l'égard de la direction. Il s'agit d'un professionnel inscrit sur une liste officielle.

Quand la nomination d'un commissaire aux comptes est-elle obligatoire ?

La nomination est obligatoire lorsque la société dépasse, à la clôture d'un exercice social, deux des trois seuils fixés par décret. La règle figure à l'article L. 227-9-1 pour la SAS et à l'article L. 223-35 pour la SARL.

Les trois seuils de nomination en vigueur

Depuis le décret n° 2024-152 du 28 février 2024, l'article D. 221-5 du Code de commerce fixe les seuils suivants, auxquels renvoie l'article D. 227-1 pour la SAS :

  • total du bilan : 5 000 000 euros ;
  • chiffre d'affaires hors taxe : 10 000 000 euros ;
  • nombre moyen de salariés : cinquante.

Il suffit de dépasser deux critères sur trois. Une société de 60 salariés qui réalise 12 millions d'euros de chiffre d'affaires est donc concernée, quel que soit le total de son bilan.

Ces seuils s'appliquent aux comptes des exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024. Les mandats en cours à l'entrée en vigueur du décret se poursuivent jusqu'à leur terme.

À partir de quand la nomination s'impose-t-elle ?

Le dépassement s'apprécie à la clôture de l'exercice. Selon la fiche officielle du service public, l'obligation de nommer un commissaire aux comptes s'applique alors dès l'exercice suivant.

Les associations et autres personnes morales de droit privé non commerçantes ayant une activité économique obéissent à des règles propres, prévues par l'article L. 612-1. Elles ne sont pas traitées ici.

Le réflexe pratique consiste à vérifier les trois critères dès l'arrêté des comptes. La nomination peut ainsi être inscrite à l'ordre du jour de l'assemblée qui statue sur ces comptes.

Le cas des petits groupes de sociétés

Une société contrôlée par une autre peut être tenue de désigner un commissaire aux comptes en dessous des seuils généraux. L'article L. 821-43 renvoie à des seuils propres, fixés par l'article D. 821-172 :

  • total du bilan : 2 500 000 euros ;
  • chiffre d'affaires hors taxe : 5 000 000 euros ;
  • nombre moyen de salariés : vingt-cinq.

Ici encore, la règle joue lorsque deux des trois critères sont dépassés. L'analyse du périmètre de contrôle mérite d'être faite au cas par cas, notamment en présence d'une holding.

Quand l'obligation prend-elle fin ?

La société n'est plus tenue de désigner un commissaire aux comptes lorsqu'elle n'a pas dépassé deux des trois critères pendant les deux exercices précédant l'expiration du mandat. La règle est posée par l'article D. 221-5.

Le mandat en cours n'est donc pas interrompu par une baisse d'activité. La question se pose seulement à la fin du mandat, au moment de son renouvellement éventuel.

La nomination volontaire et la demande des associés

Une société qui ne dépasse pas les seuils peut nommer un commissaire aux comptes de manière volontaire. L'article L. 821-46 vise expressément cette désignation volontaire.

Ce choix peut répondre à une demande d'une banque, d'un investisseur ou d'un futur acquéreur. Il renforce la crédibilité des comptes avant une levée de fonds ou une cession.

Les associés peuvent agir en justice

Même sous les seuils, la loi protège les associés minoritaires. Les textes applicables à la SAS et à la SARL prévoient deux mécanismes :

  • au moins 10 % du capital : un ou plusieurs associés peuvent demander en justice la désignation d'un commissaire aux comptes ;
  • au moins un tiers du capital : des associés peuvent en faire la demande motivée, la désignation intervenant alors pour un mandat de trois exercices.

Si l'entreprise reste inactive alors que la nomination est obligatoire, l'article L. 821-47 permet en outre à tout membre de l'assemblée de saisir le juge. Pour la SAS, l'article D. 227-1 précise que la désignation judiciaire relève du président du tribunal de commerce, statuant selon la procédure accélérée au fond.

Comment procéder à la nomination d'un commissaire aux comptes ?

La nomination du commissaire relève des associés, selon des règles différentes en SAS et en SARL. Le dirigeant prépare la décision, mais il ne peut pas désigner seul le commissaire aux comptes.

Dans une SAS : une décision collective des associés

L'article L. 227-9 du Code de commerce range la nomination des commissaires aux comptes parmi les décisions prises collectivement par les associés, dans les conditions prévues par les statuts.

Les statuts de la SAS fixent donc la forme du vote et la majorité requise. Le président ne peut pas nommer seul le CAC.

Dans une SARL : la majorité des parts sociales

En SARL, l'article L. 223-35 renvoie aux règles de l'article L. 223-29. La nomination est adoptée par des associés représentant plus de la moitié des parts sociales.

Si cette majorité n'est pas obtenue, et sauf clause contraire des statuts, une seconde consultation permet de statuer à la majorité des votes émis.

Titulaire et suppléant

Un commissaire aux comptes suppléant n'est pas toujours exigé. Selon l'article L. 821-40, il doit être désigné lorsque le titulaire est une personne physique ou une société unipersonnelle.

Le procès-verbal de l'assemblée identifie donc le titulaire et, le cas échéant, le suppléant, avec leurs fonctions respectives.

Nomination d'un commissaire aux comptes : SAS et SARL
Point de contrôleSASSARL
Seuils (deux sur trois)5 M€ de bilan, 10 M€ de chiffre d'affaires, 50 salariés5 M€ de bilan, 10 M€ de chiffre d'affaires, 50 salariés
Qui nommeDécision collective des associés, selon les statutsAssociés représentant plus de la moitié des parts
Demande en justiceAssociés détenant au moins 10 % du capitalAssociés détenant au moins 10 % du capital
Durée du mandatSix exercices, ou trois exercices dans les cas prévusSix exercices, ou trois exercices dans les cas prévus
TextesL. 227-9, L. 227-9-1, D. 227-1L. 223-29, L. 223-35

Les formalités après la nomination du commissaire

Une fois la nomination votée, la société doit déclarer la modification pour la faire inscrire au registre du commerce et des sociétés. Infogreffe, le service des greffes des tribunaux de commerce, détaille ces démarches pour la SARL.

Les démarches à accomplir

Depuis le 1er janvier 2025, les formalités de modification se font exclusivement sur le guichet unique mis en œuvre par l'INPI. Le dossier comprend notamment :

  • la décision de nomination, certifiée conforme par le représentant légal ;
  • l'attestation de parution de l'avis de modification dans un journal d'annonces légales, qui indique les noms des commissaires aux comptes ;
  • la lettre d'acceptation de chaque commissaire désigné ;
  • un justificatif d'inscription de chaque commissaire sur la liste officielle, lorsque celle-ci n'est pas encore publiée.

Préparer ces pièces avant l'assemblée évite de bloquer le dossier. La lettre d'acceptation du CAC, en particulier, se recueille en amont.

Quelle est la durée du mandat du commissaire aux comptes ?

Le commissaire aux comptes est nommé pour un mandat de six exercices. La règle est posée par l'article L. 821-44 du Code de commerce.

Le mandat réduit à trois exercices

L'article L. 821-46 permet à la société de limiter le mandat à trois exercices dans deux situations : une désignation volontaire, ou une désignation au titre des règles applicables aux petits groupes.

Dans ce cadre, l'article L. 821-57 prévoit une mission allégée. Le commissaire aux comptes remet notamment un rapport identifiant les risques financiers, comptables et de gestion de la société.

Que risque l'entreprise en l'absence de commissaire aux comptes ?

Ne pas nommer de CAC alors que les seuils sont franchis expose l'entreprise et son dirigeant à des sanctions civiles et pénales. Le risque le plus concret porte sur la validité des votes de l'assemblée.

La nullité des délibérations

Selon la version en vigueur de l'article L. 821-5, sont nulles les délibérations prises à défaut de désignation régulière de commissaires aux comptes, ou sur le rapport d'un commissaire irrégulièrement nommé ou maintenu en fonction.

Une approbation des comptes, une distribution de dividendes ou une opération sur le capital peut ainsi être contestée. Le risque se découvre souvent tard, lors d'un audit d'acquisition ou d'un conflit entre associés.

Les sanctions pénales du dirigeant

La responsabilité pénale du dirigeant peut aussi être engagée. L'article L. 821-6 punit de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende le dirigeant qui ne provoque pas la désignation des commissaires aux comptes.

Les mêmes peines s'appliquent lorsque le commissaire aux comptes n'est pas convoqué à l'assemblée. Le dirigeant a donc intérêt à vérifier les seuils chaque année.

Récusation et relèvement du commissaire aux comptes

En cours de mandat, la loi organise deux voies pour contester la présence du commissaire aux comptes, toutes deux devant le juge. Elles protègent à la fois les associés et l'indépendance du contrôleur.

  • La récusation (article L. 821-49) : elle peut être demandée pour juste motif, notamment par des associés détenant au moins 5 % du capital social.
  • Le relèvement (article L. 821-50) : il est possible en cas de faute ou d'empêchement, à la demande de la direction, d'associés détenant 5 % du capital ou du ministère public notamment.

Ces procédures supposent un dossier solide. Un désaccord sur une méthode comptable ne suffit pas, à lui seul, à caractériser une faute.

Les erreurs à éviter lors de la nomination

Les difficultés viennent rarement de la règle elle-même, mais de son application dans le calendrier de l'entreprise. Quelques points de vigilance reviennent souvent :

  • Seuils non surveillés : la croissance de l'effectif ou du chiffre d'affaires fait franchir deux critères sans que personne ne le relève.
  • Mauvais organe : en SAS, une nomination décidée par le seul président, alors que la loi impose une décision collective.
  • Suppléant oublié : le titulaire est une personne physique, mais aucun suppléant n'est désigné.
  • Fin de mandat mal anticipée : le renouvellement ou le non-renouvellement n'est pas inscrit à l'ordre du jour de l'assemblée.
  • Dossier incomplet : l'attestation de parution ou la lettre d'acceptation manque lors de la formalité.

Ces points s'examinent lors de la préparation de l'approbation des comptes de la SAS. La présence d'un commissaire aux comptes compte aussi dans la procédure des conventions réglementées.

Le cabinet Le Bouard Avocats, présent à Versailles et à Paris, accompagne les dirigeants dans la préparation de leurs assemblées générales et de leurs opérations sur le capital. Il intervient en droit des sociétés à chaque étape de la vie de l'entreprise.

Questions fréquentes sur la nomination d'un commissaire aux comptes

Une SAS doit-elle toujours nommer un CAC ?

Non. La nomination est obligatoire seulement si la SAS dépasse deux des trois seuils à la clôture d'un exercice, ou si elle est contrôlée et dépasse les seuils propres aux petits groupes.

Quels sont les seuils de nomination d'un commissaire aux comptes en 2026 ?

Les seuils de l'article D. 221-5 restent ceux issus du décret de 2024 : 5 millions d'euros de bilan, 10 millions d'euros de chiffre d'affaires hors taxe et 50 salariés.

Qui nomme le commissaire aux comptes dans une SARL ?

Les associés, par un vote à la majorité de plus de la moitié des parts sociales. Une seconde consultation à la majorité des votes émis est possible, sauf clause contraire.

Combien de temps dure le mandat ?

Six exercices en principe. La société peut le limiter à trois exercices en cas de désignation volontaire ou au titre des petits groupes.

Que faire si la société a oublié de nommer un commissaire aux comptes ?

Il faut régulariser sans attendre par un vote des associés, puis accomplir la formalité au guichet unique. Les délibérations prises dans l'intervalle doivent être examinées, car elles encourent la nullité.

Sources officielles :

Cet article délivre une information générale et ne remplace pas l'analyse d'une situation déterminée.

Noémie Le Bouard, avocate associée à Versailles

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