Intervention Versailles, Yvelines, Île-de-France
CABINET d'avocats depuis 1977
4,7 pour 400+ avis
★★★★★4,7/5 sur 160 avis Google

Révocation du président de SAS : statuts, juste motif et indemnisation

Retrouvez toute l'actualité juridique en droit commercial et des affaires.

October 29, 2026

Le Bouard Avocats

Des associés réunis autour d'une table délibèrent sur la révocation du président de leur SAS.

Vous êtes associé et vous voulez changer de président ? Vous présidez une SAS et vous craignez d'être écarté ? Une question commune se pose : comment fonctionne la révocation du président de SAS ?

La réponse tient d'abord aux statuts. Dans une société par actions simplifiée (SAS), la loi laisse aux associés une grande liberté pour organiser la direction, et donc la fin du mandat social.

En droit des sociétés, ce guide pratique vous aide à identifier qui décide, quelles sont les causes de révocation admises, quelle procédure suivre et quels sont les droits du président révoqué.

En bref

Révocation du président de SAS : cinq repères avant de décider.

  • Les statuts décident : organe compétent, majorité, motif et modalités de la révocation.
  • Statuts muets : la révocation est possible sans juste motif.
  • Pacte d'associés : il peut compléter les statuts, jamais y déroger, y compris par une décision unanime.
  • Révocation déloyale ou brutale : le président peut demander réparation.
  • Formalités : annonce légale et déclaration au guichet unique, chacune dans le délai d'un mois.

Sécuriser une révocation ou la contester avec un avocat

Révocation du président de SAS : ce que prévoit le droit des sociétés

Le Code de commerce renvoie aux statuts pour fixer les règles de la révocation du président de SAS. Il ne prévoit aucune majorité ni aucune cause propre à cette décision.

Les statuts organisent le fonctionnement de la direction

L'article L. 227-5 du Code de commerce est très bref : les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée.

L'article L. 227-6 ajoute que la SAS est représentée par un président désigné selon les règles du pacte social. Ce principe de liberté vaut aussi pour la fin du mandat des organes sociaux.

Concrètement, une clause statutaire peut prévoir :

  • l'organe chargé de révoquer : collectivité des associés, comité, actionnaire majoritaire ;
  • la majorité requise pour la délibération ;
  • les causes de révocation, avec ou sans juste motif ;
  • les modalités : préavis, audition préalable, indemnité de départ.

Les règles du conseil d'administration ne s'imposent pas

L'article L. 227-1 écarte en SAS de nombreuses règles de la société anonyme, dont celles sur le conseil d'administration. Les attributions de ce conseil sont exercées par le président ou par les dirigeants désignés à cet effet.

Un pacte ou un vote unanime ne peut pas déroger aux statuts

Les statuts priment sur les actes extra-statutaires. La Cour de cassation l'a jugé pour la révocation d'un DG de SAS (Cass. com., 12 octobre 2022, n° 21-15.382).

Un pacte d'associés peut compléter les statuts sur les modalités de révocation. Il ne peut pas y déroger.

Cette jurisprudence a été confirmée en 2025 : une décision des associés peut compléter les statuts sur ce point, mais ne peut y déroger, quand bien même elle serait unanime (Cass. com., 9 juillet 2025, n° 24-10.428).

Le réflexe est donc simple : relire les statuts en vigueur avant de procéder, avec les éventuels avenants et mises à jour. Un accord entre associés ne suffit pas à écarter une clause statutaire.

Qui peut révoquer le président de SAS et à quelle majorité ?

C'est l'organe désigné par les statuts qui révoque le président, à la majorité qu'ils prévoient. La loi n'impose pas que la révocation soit décidée par la collectivité des associés.

L'article L. 227-9 du Code de commerce laisse aux statuts le soin de déterminer les décisions prises collectivement. La révocation du dirigeant ne figure pas dans la liste des décisions obligatoirement collectives.

Les organes le plus souvent retenus

Selon Service Public Entreprendre, la décision de changer de président est votée par les associés dans les conditions statutaires. Le pouvoir peut aussi être confié :

  • à un comité ou à un conseil ;
  • à l'associé majoritaire ;
  • dans une SASU, à l'associé unique, qui exerce les pouvoirs dévolus aux associés selon le texte L. 227-1.

Convocation, ordre du jour et respect des formes

Les règles de convocation et de délibération sont statutaires. Une majorité renforcée protège le président contre une cession de contrôle soudaine, une cession d'actions à un tiers, un nouvel apport en capital ou un changement d'alliance entre actionnaires.

La révocation doit figurer à l'ordre du jour lorsque le texte statutaire l'exige. Une décision prise hors des formes statutaires expose la société à une contestation, voire à une action en nullité. Sur ce risque, voir notre analyse du défaut de convocation en SAS.

Le président désigné dans les statuts

Lorsque le premier président est nommé directement dans les statuts, son remplacement implique une modification des statuts. Il faut alors respecter les règles statutaires prévues pour cette modification, par exemple une décision prise en assemblée générale.

Révocation ad nutum ou pour juste motif ?

Dans le silence des statuts, le dirigeant de SAS peut être démis sans justification particulière. Une clause peut en revanche exiger une cause précise ou prévoir d'autres garanties.

Le silence des statuts : une révocation ad nutum

Selon la Cour de cassation, les règles de révocation des dirigeants de SAS sont, dans le silence de la loi, librement fixées par les statuts, qu'il s'agisse des causes ou des modalités.

Elle en déduit qu'un DG peut être écarté sans juste motif si le pacte social ne subordonne pas la révocation à cette exigence (Cass. com., 9 mars 2022, n° 19-25.795). Le sommaire de l'arrêt vise les dirigeants de SAS en général.

On parle de révocation ad nutum : la révocation est librement décidée et peut intervenir à tout moment. Une perte de confiance des associés suffit alors en pratique, dans la mesure où la décision reste loyale.

Les statuts qui exigent un motif légitime

Une clause peut au contraire réserver la révocation à un motif légitime, à titre d'exemple une faute de gestion, une rémunération non autorisée ou un désaccord grave nuisant au bon fonctionnement de la société.

Dans l'analyse du cabinet, une révocation décidée sans la cause exigée par la clause ouvre au président un recours indemnitaire. La société devra alors établir la réalité des faits invoqués, documents comptables et courriers à l'appui. Le débat se tranche au fond devant le tribunal, et chaque affaire dépend de la rédaction de la clause.

La comparaison avec le gérant de SARL

Le régime de la SARL est différent. Selon l'article L. 223-25 du Code de commerce, le gérant révoqué sans juste motif peut obtenir des dommages et intérêts. Ce texte prévoit aussi une révocation judiciaire par le tribunal pour cause légitime, à la demande de tout associé.

Le chapitre du Code de commerce consacré à la SAS ne contient pas de disposition équivalente. Pour le gérant, consultez notre dossier sur la révocation du gérant de SARL.

Révocation du dirigeant : président de SAS et gérant de SARL comparés
Point de contrôlePrésident de SASGérant de SARL
Source des règlesStatuts (L. 227-5 et L. 227-6)Loi (L. 223-25), statuts pour une majorité plus forte
Organe compétentCelui que désignent les statutsDécision des associés
Juste motifSeulement si les statuts l'exigentÀ défaut, dommages et intérêts possibles
Révocation judiciairePas de texte équivalent dans le chapitre SASPour cause légitime, à la demande de tout associé
Pacte d'associésComplète les statuts sans y dérogerNe remplace pas les règles légales
Révocation abusiveRéparation si les conditions sont fautives (art. 1240 C. civ.)Réparation selon les mêmes principes

Révocation abusive : quels sont les droits du président révoqué ?

Même lorsque la révocation est libre, la manière de révoquer peut engager la responsabilité de la société. Le président doit alors prouver une faute dans le déroulement de la révocation.

L'obligation de loyauté

Dans une affaire où la révocation de la personne qui présidait la SAS était statutairement libre, la Cour de cassation a censuré une cour d'appel. Celle-ci avait relevé un manquement de la société à son obligation de loyauté, puis refusé toute réparation à la présidente révoquée (Cass. com., 30 mars 2022, n° 19-25.794, arrêt non publié au Bulletin).

La Cour s'est fondée sur l'article 1240 du Code civil, qui oblige l'auteur d'une faute à réparer le dommage causé.

Les risques de révocation abusive

Dans l'analyse du cabinet, plusieurs situations exposent la société à un contentieux :

  • une révocation brutale, annoncée sans délai ni explication ;
  • des circonstances vexatoires, par exemple une annonce publique humiliante ;
  • la violation du principe du contradictoire lorsque la clause statutaire prévoit que le président présente ses observations, avec un temps suffisant pour le faire ;
  • une atteinte à la réputation du dirigeant.

Sur le fond, l'indemnité répare alors le préjudice lié au déroulement de la révocation, et non la perte du mandat en elle-même. Son montant dépend du dommage subi par la personne révoquée.

La preuve reste à la charge du président

Le président qui invoque une révocation abusive doit démontrer les faits reprochés à la société et son préjudice. Conservez les courriels, convocations et procès-verbaux dans un dossier daté.

Indemnités prévues par les statuts ou un contrat

Les statuts ou une convention peuvent prévoir une indemnité de révocation. Une telle clause doit rester cohérente avec le pacte social et ne pas paralyser la liberté de révoquer. Elle peut aussi régler le sort du président en cas de cession de la société ou d'apport des titres à une holding.

Une convention conclue entre la société et son président peut en outre relever du régime des conventions réglementées.

Procédure de révocation du président de SAS, étape par étape

Une révocation sécurisée suit les statuts à la lettre, puis se termine par les formalités de publicité. Voici l'ordre à suivre pour révoquer le président.

  1. Relire les statuts et le pacte d'associés : instance chargée de la décision, majorité, cause exigée, préavis.
  2. Convoquer cette instance dans le respect des formes statutaires, avec la révocation à l'ordre du jour et les documents sociaux utiles.
  3. Permettre au président de s'exprimer, dans un échange contradictoire, lorsque les statuts prévoient une audition, et par prudence dans les autres cas.
  4. Procéder au vote de la révocation et désigner le nouveau président dans la même décision.
  5. Rédiger le procès-verbal, qui indique le dirigeant sortant et le dirigeant entrant.
  6. Publier une annonce légale dans le délai d'un mois.
  7. Déclarer le changement sur le guichet des formalités des entreprises, dans le délai d'un mois.

Le procès-verbal, pièce centrale

Selon Service Public Entreprendre, la modification du dirigeant doit être retranscrite dans un procès-verbal. Voir aussi notre guide sur le rôle du procès-verbal d'assemblée.

Annonce légale et guichet unique : les formalités à accomplir

Le changement de dirigeant est publié dans un support d'annonces légales dans le délai d'un mois. L'avis de modification obéit à l'article R. 210-9 du Code de commerce.

La déclaration est ensuite faite sur le guichet des formalités des entreprises, également en un mois. Le dossier comprend notamment :

  • un exemplaire du procès-verbal ;
  • l'attestation de parution de l'annonce légale ;
  • les statuts mis à jour, en cas de modification ;
  • la pièce d'identité et la déclaration de non-condamnation du nouveau président.

Après la déclaration, l'insertion au Bodacc rend la modification opposable aux tiers. Tant que ces formalités ne sont pas accomplies, la société s'expose à des difficultés avec ses partenaires.

Révocation des autres dirigeants de la SAS

Ces principes s'appliquent aussi au DG et au DG délégué. Les deux arrêts de 2022 cités plus haut concernaient d'ailleurs des DG de SAS, et la décision de juillet 2025 vise les dirigeants de la société.

Dans une société par actions simplifiée, le pacte social fixe donc les causes et les modalités de leur révocation. Pour une vue d'ensemble, voir notre article sur le mandat social du dirigeant et notre guide sur la révocation des dirigeants.

Comment éviter une révocation abusive ou un litige ?

Associés comme président ont intérêt à anticiper. La plupart des litiges naissent d'une clause mal rédigée ou d'une procédure improvisée.

Côté associés

  • Vérifier la clause de révocation avant de convoquer : cause exigée, majorité, préavis.
  • Éviter toute annonce publique avant la décision.
  • Organiser la passation : pouvoirs bancaires, signatures, accès aux données de la société, compte rendu de gestion.
  • Accomplir les formalités dans le mois, puis mettre à jour les documents internes et les mentions bancaires.

Côté président

  • Demander les statuts à jour et la convocation reçue.
  • Présenter ses observations par écrit, y compris lorsqu'elles ne sont pas exigées.
  • Conserver les preuves du déroulement de la révocation et les données utiles à sa défense.
  • Vérifier l'existence d'une indemnité prévue par une clause ou une convention, et le sort de sa rémunération.

Sécuriser la clause de révocation dès la rédaction

La meilleure protection reste une rédaction juridique soignée des statuts. Prévoyez la mise en œuvre de la révocation, le temps laissé au président pour répondre, les conséquences financières et le bon fonctionnement de la direction pendant la transition.

La démission, autre fin du mandat

S'il ne souhaite pas attendre une décision, le président peut aussi démissionner. Les statuts en fixent souvent les modalités, par exemple un délai de préavis. Une démission négociée offre la possibilité d'éviter un contentieux long et coûteux, et de sécuriser la sortie.

Le cabinet Le Bouard Avocats, implanté à Versailles et à Paris, intervient en droit des sociétés, auprès des associés comme des dirigeants. Pour un litige entre associés, découvrez notre accompagnement en conflit entre associés.

Questions fréquentes sur la révocation du président de SAS

Comment révoquer un président de SAS ?

En suivant les statuts : organe désigné, majorité, cause exigée et formes prévues. La décision est constatée dans un procès-verbal, puis publiée.

Faut-il un juste motif pour révoquer le président ?

Non, si les statuts ne l'exigent pas. Dans leur silence, la révocation est possible sans justification.

Qu'est-ce que la révocation ad nutum ?

C'est une révocation possible à tout moment, sans motif à justifier. Elle n'autorise pas pour autant une révocation déloyale ou vexatoire.

Quels sont les droits du président révoqué ?

Il peut obtenir des dommages et intérêts si la révocation est fautive, ou si la cause exigée par la clause statutaire fait défaut. Il bénéficie aussi des indemnités contractuelles prévues.

Un pacte d'associés peut-il modifier les règles de révocation ?

Il peut les compléter, pas y déroger. Une décision unanime des associés ne peut pas non plus écarter les statuts sur ce point.

Le président peut-il démissionner plutôt que d'être révoqué ?

Oui. Il peut démissionner selon les modalités prévues par les statuts, par exemple en respectant un préavis. Dans une large mesure, la sortie se négocie alors.

Quel délai pour les formalités ?

Un mois pour l'annonce légale et un mois pour la déclaration sur le guichet des formalités des entreprises.

Noémie Le Bouard, avocate associée à Versailles

Besoin d’un avis sur votre situation ?

Prenez rendez-vous avec un avocat du cabinet

Cet article vous donne des repères généraux. Pour une analyse adaptée à votre entreprise, échangez avec Me Noémie Le Bouard.

  • Au cabinet à Versailles
  • Par téléphone ou en visio
  • Réservation en ligne

Un projet, un litige, une question de droit des affaires ?

Avocats à Versailles et à Paris : rendez-vous au cabinet, par téléphone ou en visioconférence.