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Démembrement de parts sociales : vote, qualité d'associé et dividendes

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November 5, 2026

Le Bouard Avocats

Vous détenez des parts en usufruit ou en nue-propriété ? Vous préparez une donation de titres ou une transmission d'entreprise familiale ? Le démembrement de parts sociales répartit les droits attachés à chaque part entre deux personnes.

Ce guide juridique vous aide à savoir qui vote, qui a la qualité d'associé et qui perçoit les bénéfices. Il présente aussi les clauses à vérifier et les pièges à éviter avant de démembrer des parts de SARL, de SAS ou de société civile immobilière.

En bref

Démembrement de parts sociales : cinq points de contrôle pour l'usufruitier, le nu-propriétaire et le dirigeant.

  • Participation : l'usufruitier et le nu-propriétaire ont tous deux le droit de participer aux décisions collectives (article 1844 du Code civil).
  • Vote : il appartient au nu-propriétaire, sauf pour l'affectation des bénéfices, réservée à l'usufruitier.
  • Statuts : ils peuvent aménager cette répartition. Dans une société par actions simplifiée, ils fixent les décisions collectives.
  • Qualité d'associé : elle n'appartient qu'au nu-propriétaire (3e chambre civile, 16 février 2022).
  • Réserves distribuées : sauf convention contraire, l'usufruitier les reçoit en quasi-usufruit et devra en restituer la valeur.

Faire vérifier vos statuts avant un démembrement

Démembrement de parts sociales : définition et fonctionnement

Démembrer une part sociale, c'est séparer l'usufruit et la nue-propriété. Le titulaire de la pleine propriété réunit les deux. Après le démembrement, deux personnes se partagent les prérogatives attachées au même titre.

Selon l'article 578 du Code civil, l'usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d'en conserver la substance.

Les trois éléments du droit de propriété

Selon une présentation classique, le droit de propriété réunit trois éléments :

  • Le droit d'utiliser le bien (usus).
  • Le droit d'en percevoir les fruits (fructus).
  • Le droit de disposer du bien, par exemple en le vendant (abusus).

Le démembrement confie l'usage et les fruits à l'un, la disposition à l'autre. Ce mécanisme s'applique aux parts sociales comme à un patrimoine immobilier.

Deux titulaires aux rôles distincts

Le bénéficiaire de l'usufruit a vocation à percevoir les revenus. L'article 582 du Code civil lui reconnaît le droit de jouir de toute espèce de fruits, naturels, industriels ou civils.

Le nu-propriétaire conserve le titre. Il recouvre la pleine propriété à l'extinction de l'usufruit, par exemple au décès du bénéficiaire lorsque l'usufruit est viager.

Pourquoi démembrer des parts : avantages et pièges à éviter

Le démembrement est d'abord un outil de transmission de patrimoine. Il permet de préparer la suite d'une entreprise ou d'une société civile sans tout transmettre en une seule fois.

Les situations les plus fréquentes

On le rencontre notamment dans les cas suivants :

  • Donation de la nue-propriété par un donateur qui se réserve l'usufruit, souvent préparée avec le notaire.
  • Succession, lorsque le conjoint survivant reçoit l'usufruit et les enfants la nue-propriété.
  • Acquisition démembrée, organisée dès l'achat des titres.
  • Planification successorale d'une entreprise familiale, préparée par étapes.

Les avantages et la fiscalité

Pour le donateur, l'intérêt est de transmettre le capital tout en conservant des revenus. Le donataire, lui, devient propriétaire du titre et prépare sa future gestion.

Les avantages fiscaux annoncés (droits de mutation, base imposable, évaluation de la nue-propriété par l'administration fiscale) relèvent du droit fiscal. Ils doivent être chiffrés au cas par cas avec le notaire, avant toute signature.

Les pièges à éviter

Le principal risque est juridique : un démembrement mal préparé crée des difficultés de gestion. Les deux titulaires n'ont pas toujours les mêmes objectifs, et les statuts sont souvent muets.

Du point de vue de la gestion des parts, ces implications juridiques doivent être anticipées. À défaut, un simple désaccord peut devenir un contentieux entre membres d'une même famille.

Qui vote en assemblée lorsque les parts sont démembrées ?

Le Code civil répartit le droit de vote entre les deux titulaires. L'article 1844 du Code civil, dans sa rédaction issue de la loi n° 2019-744 du 19 juillet 2019, fixe la règle de principe.

Le droit de participer aux décisions collectives

Selon ce texte, si une part est grevée d'un usufruit, le nu-propriétaire et l'usufruitier ont le droit de participer aux décisions collectives.

Concrètement, chacun doit pouvoir être informé et prendre part aux assemblées générales, même sans voix sur la résolution en cause.

La répartition légale

Le droit de vote appartient au nu-propriétaire, sauf pour les décisions concernant l'affectation des bénéfices, réservées à l'usufruitier.

Pour les autres décisions, les deux titulaires peuvent convenir que le vote sera exercé par celui qui détient l'usufruit. Cet accord se conclut entre eux, ponctuellement ou de façon plus générale.

Ce que l'acte de société peut changer

L'article 1844 précise que les statuts peuvent déroger au deuxième alinéa et à la seconde phrase du troisième alinéa. Cette disposition permet d'adapter la répartition à chaque société.

La première phrase du troisième alinéa n'est pas visée. Le droit de participer des deux titulaires n'entre donc pas dans la dérogation prévue par le texte.

SARL, SAS, SA : quelles règles selon la forme sociale ?

Le type de société change le texte de référence. Le Code civil pose la règle générale, mais certaines formes disposent de règles propres.

Répartition du droit de vote sur des titres démembrés
Forme socialeRègle par défautMarge des statutsTexte
SARL, société civile, SCIVote au nu-propriétaire, sauf affectation des bénéfices (usufruitier)Dérogation possible à la répartition du voteC. civ., art. 1844
SAUsufruitier en assemblée ordinaire, nu-propriétaire en assemblée extraordinaireDérogation possible au premier alinéaC. com., art. L. 225-110
SASLes statuts déterminent les décisions collectives et leurs conditionsLarge liberté statutaireC. com., art. L. 227-9 et C. civ., art. 1844

En SARL et en société civile immobilière

Pour la SARL et la société civile, dont la SCI, la répartition de l'article 1844 s'applique à défaut de clause contraire. L'acte de société peut l'aménager dans les limites du texte.

En SA

Selon l'article L. 225-110 du Code de commerce, le droit de vote appartient à l'usufruitier dans les assemblées générales ordinaires et au nu-propriétaire dans les assemblées extraordinaires. Une clause peut déroger à cette règle.

En SAS

L'article L. 227-9 du Code de commerce prévoit que les statuts déterminent les décisions qui doivent être prises collectivement par les associés, dans les formes et conditions qu'ils prévoient.

La rédaction est donc décisive. Une clause dédiée aux actions démembrées évite les hésitations, notamment lors de l'approbation des comptes.

L'usufruitier a-t-il la qualité d'associé ?

Non : selon la jurisprudence de la Cour de cassation, cette qualité appartient au seul nu-propriétaire. La solution a été affirmée dans un arrêt publié au bulletin, rendu en matière de SCI.

L'arrêt du 16 février 2022

Dans l'arrêt de la troisième chambre civile du 16 février 2022 (n° 20-15.164), la Cour juge que l'usufruitier de parts sociales ne peut se voir reconnaître la qualité d'associé, qui n'appartient qu'au nu-propriétaire.

La même décision ajoute qu'il doit pouvoir provoquer une délibération des associés sur une question susceptible d'avoir une incidence directe sur son droit de jouissance.

Les conséquences pratiques

Selon l'analyse du cabinet, cette solution invite à distinguer trois plans :

  • Les droits politiques du bénéficiaire des revenus, fixés par la loi et l'acte de société.
  • Les prérogatives d'associé, qui reviennent au nu-propriétaire.
  • Le droit de jouissance, que le bénéficiaire peut défendre en provoquant une délibération.

L'arrêt a été rendu pour une SCI. Sa portée pour d'autres formes sociales doit être appréciée au cas par cas.

Perception des dividendes et répartition des bénéfices

Le sort des sommes distribuées dépend de leur origine. Il faut distinguer le résultat de l'exercice et les réserves accumulées les années précédentes.

Le résultat de l'exercice

L'affectation du résultat est votée par l'usufruitier, sauf aménagement statutaire. En pratique, les dividendes prélevés sur le bénéfice de l'exercice reviennent en principe à celui qui détient l'usufruit, au titre de son droit de jouissance.

Une mise en réserve systématique peut le priver de revenus. Ce choix doit être apprécié avec prudence, au regard de l'intérêt social et de l'équilibre entre les deux titulaires.

Les réserves distribuées : le quasi-usufruit

Dans un arrêt de la chambre commerciale du 27 mai 2015 (n° 14-16.246), la Cour de cassation juge que le droit de jouissance de l'usufruitier de droits sociaux s'exerce, sauf convention contraire, sous la forme d'un quasi-usufruit.

Ce mécanisme renvoie à l'article 587 du Code civil. Pour des choses consommables, comme une somme d'argent, il faut rendre à la fin de l'usufruit des choses de même quantité et qualité, ou leur valeur estimée à la date de la restitution.

Dans cette affaire de droits de succession, la Cour précise que cette dette de restitution, qui prend sa source dans la loi, est déductible de l'actif successoral.

Les clauses à vérifier avant de démembrer

L'acte de société est le premier outil de sécurisation. Avant une donation ou une cession de titres démembrés, une relecture évite des blocages en assemblée.

Les points de contrôle prioritaires

Voici les clauses à examiner en priorité :

  • Répartition du vote, résolution par résolution.
  • Convocation et information des deux titulaires, pour respecter leur droit de participer.
  • Clause d'agrément : vérifier si elle vise la transmission de l'usufruit ou de la nue-propriété.
  • Politique de mise en réserve et affectation du résultat.
  • Représentation lorsque les titulaires sont nombreux, par exemple plusieurs enfants.

Une convention de démembrement

En complément, une convention de démembrement peut organiser l'exercice du vote, le sort des réserves distribuées, la restitution du quasi-usufruit et celui d'un éventuel boni de liquidation.

Notre article sur la clause d'agrément en SAS détaille le contrôle des cessions. Pour la décision de distribution, consultez notre guide sur la distribution de dividendes en SARL et SAS.

Les risques de conflit et comment les anticiper

Le démembrement crée deux intérêts qui ne coïncident pas toujours. L'un recherche des revenus réguliers, l'autre la valorisation du capital social à long terme.

Un exemple hypothétique

Prenons une SARL familiale. Un parent conserve l'usufruit et ses deux enfants reçoivent la nue-propriété. Les enfants souhaitent mettre en réserve les bénéfices pour financer un investissement.

Sans clause particulière, c'est pourtant le parent qui vote l'affectation des bénéfices. À l'inverse, une modification des statuts relève en principe du vote des enfants. Chacun détient donc une partie des décisions.

Les réflexes pour éviter le blocage

Pour limiter les risques, trois réflexes sont utiles :

  1. Adapter l'acte de société avant le démembrement, et non après le premier désaccord.
  2. Formaliser par écrit tout accord sur l'exercice du vote.
  3. Convoquer les deux titulaires à chaque assemblée et conserver la preuve de leur information.

Le cas des titres détenus par des époux soulève des questions voisines, traitées dans notre article sur les parts sociales en cas de divorce. Le droit de communication des associés complète ces règles d'information.

Questions fréquentes sur le démembrement de parts sociales

Qui vote quand des parts sociales sont démembrées ?

Le nu-propriétaire, sauf pour l'affectation des bénéfices. Les statuts peuvent aménager cette règle.

L'usufruitier de parts sociales est-il associé ?

Non. Selon la Cour de cassation (16 février 2022), la qualité d'associé n'appartient qu'au nu-propriétaire.

Peut-il assister aux assemblées ?

Oui. La loi reconnaît aux deux titulaires le droit de participer aux décisions collectives.

Qui perçoit une distribution de réserves ?

Sauf convention contraire, le bénéficiaire de l'usufruit la reçoit en quasi-usufruit et devra en restituer la valeur.

Les statuts d'une SAS peuvent-ils organiser le vote des actions démembrées ?

Oui. En SAS, ils déterminent les décisions collectives et leurs conditions (article L. 227-9 du Code de commerce).

Conclusion

Le démembrement de parts sociales repose sur un équilibre : le vote au nu-propriétaire, l'affectation des bénéfices à l'autre, et un acte de société qui peut tout réorganiser.

Avant une donation, une succession ou une acquisition démembrée, faites relire vos statuts par un avocat en droit des sociétés. Le cabinet, composé de cinq avocats à Versailles et à Paris, accompagne en conseil comme en contentieux les dirigeants et les familles qui souhaitent anticiper la transmission de leurs titres.

Noémie Le Bouard, avocate associée à Versailles

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